Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 09:19

Educacion-sexual-condon.jpg

 

 

 

Petite récréation insolite : il vient de s'ouvrir en Autriche la première école du sexe, comme le relate Le Sun du 1er décembre.

Non, non... C'est bien la réalité, vous n'êtes pas dans un scénario de film porno...

 

Article original :

http://www.thesun.co.uk/sol/homepage/news/3972008/Hands-on-classes-at-school-of-sex.html

 

 

Les mains à la pâte à l'école du sexe

(Hands on classes at school of sex)

 

Le 1er Décembre 2011, The Sun

 

Il sera demandé aux élèves de relever le défi fixé par les enseignants, dans la toute première école mondiale du sexe.

 

Il sera également demandé aux élèves de cette institution autrichienne de faire l'amour les uns avec les autres, dans le cadre de leurs cours.

 

Ils étudieront la théorie et la pratique concernant l'art de faire l'amour, et accorderont une attention particulière à des spécialités comme les positions sexuelles, les techniques, l'anatomie et la façon de caresser son partenaire.

 

En classe ils mettent la main à la pâte, mais le fun ne s'arrête pas là car il leur sera demandé de faire leurs devoir dans des dortoirs mixes, une fois que la cloche a sonné.

 

Faire l'amour fait partie du programme dans l'école internationale autrichienne du sexe (Austrian International School Of Sex, AISOS) de Vienne – mais pour les timides ce n'est pas obligatoire.

 

Les annonces sexy de l'école ont déjà été bannies des télévisions autrichiennes.

 

La directrice suédoise de l'école, Ylva Marie Thompson, a déclaré : « Oui ils ont des rapports sexuels, bien sûr. »

 

« Ce n'est pas obligatoire mais nous suggérons aux élèves de pratiquer le plus possible. »

 

Les cours sont facturés 1,400£ par période et toute personne de plus de 16 ans peut s'inscrire.

 

 

Texte original :

 

Hands on classes at school of sex

 

 

 

STUDENTS will be expected to rise to the challenge set by teachers at the world's first SEX SCHOOL.

 

Pupils at the Austrian institution will be asked to make love to each other as part of their course.

 

They will study the theoretical and practical art of making love, and focus on specialisms including sexual positions, technique, anatomy and how to caress your lover.

 

Classes are hands on but the fun doesn't end there, as they are all expected to practise their homework in mixed sex dorms once the bell goes.

 

Making love is part of the course at the Austrian International School of Sex (AISOS) in Vienna — but for the shy it is not compulsory.

 

The school's raunchy ads have already been banned on Austrian television.

 

Swedish headmistress Ylva Marie Thompson said: "Yes, they have sex. Of course they do.

"It's not mandatory but we suggest the students practise as much as possible."

 

Courses are £1,400 a term and anyone over 16 can enrol.

 

 

 

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 10:52

 

Onfray

 

 

 

A retenir pour cette partie :

  • Partie essentiellement axée sur les relations entre Freud et Nietzsche.

    • Il y a un déni chez Freud à reconnaître l'influence qu'a pu avoir Nietzsche sur son œuvre, et un refus de reconnaître qu'il connaît forcément les travaux du philosophe. Freud et Nietzsche sont contemporains, la pensée de Nietzsche est légèrement antérieure à celle de Freud, de nombreux concepts freudiens semblent directement issus de la pensée de Nietzsche.

 

 

 

(Suite de la première partie)

Il y a un refus qui est assez symptomatique, on va consacrer le restant de cette séance à en examiner le détail c'est le refus de Nietzsche. Je vous ai dit l'an dernier que d'une certaine manière le freudisme était un nietzschéisme et à l'évidence c'est un nietzschéisme qui se refuse d'être un nietzschéisme. Parce que nombre des thèses de Nietzsche sont de thèses que l'on retrouvera chez Freud. Freud changera simplement les étiquettes. Il va modifier un certain nombre de concepts nietzschéens pour leur donner un nom qui sera le concept freudien sous lequel triompheront les idées de Nietzsche. Mais il y a un trajet assez semblable : ce sont deux contemporains (Nietzsche a douze ans de plus) et quand paraît la « Naissance de la tragédie », par exemple, 1872, 2 Janvier je crois, Freud rentre au lycée. Quand il écrit sa première intempestive, Nietzsche, il entre en médecine. Quand il écrit son intempestive sur Wagner, c'est le moment où il s'occupe de la sexualité des anguilles, notre docteur.

 

Parution du « Gai Savoir », Breuer, l'inventeur de la psychanalyse, et Freud le dira je vous le répète, Freud travaille avec Joseph Breuer, il a tellement d'admiration pour cet homme que d'ailleurs il prénommera sa première fille Mathilde, prénom de la femme de Joseph Breuer. Ils sont en train de travailler sur le cas de Anna O., je rentrerai dans le détail de ce cas là un petit peu plus tard où il nous expliquera, ils nous expliqueront tous les deux qu'ils ont guéri ce cas d'hystérie qui n'a évidemment pas été guéri du tout mais enfin c'est une légende qui a été accréditée à cette époque-là. Et bien la fabrication de la légende de Anna O. correspond au moment de la parution du « Gai Savoir ».

 

Au moment où Nietzsche fait paraître Zarathoustra, Freud rentre chez Charcot à la Salpetrière. Il assiste aux fameuses leçons sur l'hypnose. « Par-delà le Bien et le Mal » correspond au moment où Freud ouvre son cabinet, 1886. Et puis Nietzsche tombe fou, vous le savez, en Janvier 1889, c'est le moment où Freud arrive chez Bernheim, c'est l'école de Nancy où il a l'intention de parfaire sa technique hypnotique. Il est pas très bon dans le traitement hypnotique, qu'il a découvert chez Charcot. Charcot pense qu'on hypnotise bien que les hystériques et Bernheim, lui, considère qu'on peut hypnotiser tout le monde. Et donc il est plutôt à la recherche de ce genre de confirmation puisqu'il ne parvient pas vraiment à hypnotiser systématiquement. Et puis Nietzsche rentre dans un long moment de folie, dix années, 1889 jusqu'à la mort, 25 août 1900. Et bien c'est le moment où Freud écrit sur les paralysies hystériques, sur les aphasies et sur l’étiologie sexuelle des névroses. D'une certaine manière il théorise ce qui est arrivé à Nietzsche. Nietzsche, donc, meurt le 25 août 1900 c'est le moment où paraît « l'interprétation des rêves ». Alors c'est un livre qui aurait dû paraître quelques mois avant 1900 mais Freud a souhaité pré-dater le texte parce qu'il pensait que 1900 ça ouvrait le siècle et que son livre ouvrait le siècle aussi. Donc à partir de lui le 20ème siècle allait véritablement commencer. Le livre d'ailleurs avait été tiré à 600 exemplaires à l'époque et il en a vendu 123 dans les six premières années il a fallu huit ans pour épuiser la première édition. Donc ce n'a pas été un succès de librairie.

 

Les années 1889-1900 sont des années nietzschéennes. Je vous le disait tout à l'heure : on ne peut pas ne pas savoir que Nietzsche est devenu une vedette à son corps défendant. Il y a la construction de la villa Silberblick, dont je vous ai dit l'an dernier qu'on y installerait les archives, donc on créé les archives Nietzsche. Il y a une biographie écrite par sa sœur, où elle essaie de faire de son frère et pour notre plus grand malheur une espèce d'antisémite, belliciste, guerrier, nationaliste, prussien, etc... Ce qu'il n'est évidemment pas... Et début d'une hagiographie négative, les hagiographies sont toujours négatives de toute façon, mais écrite par la sœur. Il y a un ouvrage de Lou Salomé sur lequel je reviendrai tout à l'heure, ouvrage extrêmement intéressant, ouvrage nietzschéen sur Nietzsche, et puis vous le savez, Lou est devenu l'amie de Freud et elle restera longtemps l'amie de Sigmund Freud.

 

Il y a une existence européenne du philosophe, c'est-à-dire on le traduit, on le lit, on le découvre, en France les Éditions Mercure de France avec Henri Albert traduisent à tout bout de champ et on découvre tout Nietzsche. Malher, par exemple, Gustave Malher et Richard Strauss composent à partir d' « Ainsi parlait Zarathoustra ». Poème symphonique, etc... Et on scénographie aussi la visite au fou, c'est-à-dire qu'il est là, allongé sous une tunique de lin blanc et la sœur fait visiter le philosophe. Les gens viennent, on regarde Nietzsche et puis on disparaît. Donc effectivement si vous voulez il y a une Nietzsche-mania à cette époque-là, et Freud lui fait savoir qu'il n'a pas envie de lire Nietzsche, qu'il n'a pas envie de lire Nietzsche, que ça ne l’intéresse pas. Il écrit dans « Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique : « c'est la haute jouissance des œuvres de Nietzsche que je me suis refusée. Avec la motivation consciente que dans l'élaboration des impressions psychanalytiques je ne voulais être gêné par aucune sorte de représentation d'attente. » Concept intéressant, « représentation d'attente », simplement il est assez singulier de dire qu'on ne lit pas quelqu'un parce qu'on craint d'y trouver ce qu'on sait qu'il s'y trouve déjà. Donc ça veut dire effectivement que dans cet espèce d'aveu caché et bien Freud sait qu'il y a beaucoup de choses importantes et intéressantes chez Nietzsche mais il n'a pas envie qu'on dise qu'il a pillé Nietzsche. Donc il ne le lit pas, ou il dit qu'il ne le lit pas, c'est comme on voudra.

 

On sait pourtant qu'il le connaît. Le cours de Brentano, dont je vous ai parlé tout à l'heure, philosophe, important, intéressant qui lui fait découvrir aussi Feuerbach, grand philosophe Ludwig Feuerbach. Freud découvre la philosophie de Nietzsche à cette époque là, 1873-1881, c'est l'époque où il fait ses études de médecine et où il est auditeur libre dans les cours de Brentano. Lettre à Fliess, toujours, le 1er Janvier 1900, il nous dit qu'il a acheté les œuvres complètes de Nietzsche, à un prix élevé. Il nous dit « j'espère trouver chez lui les mots pour beaucoup de choses qui restent muettes chez moi mais je l'ai pas encore ouvert. Trop paresseux. » On peut reprocher plein de choses à Freud mais pas la paresse. Ça c'est clair que sa vie durant il aura été un gros travailleur, il a abattu beaucoup de travail, il a fait un travail considérable en tant qu'analyste, il a reçu un nombre considérable de gens, il a écrit un nombre de lettres incalculable, il a beaucoup produit intellectuellement et la paresse n'était pas son vice, ça paraît évident.

 

Un petit peu plus tard, quand il sera devenu célèbre, en 1931, il écrit à Lothar Bickel : « Je me suis refusé l'étude de Nietzsche bien que, non parce que, je risquais manifestement de retrouver chez lui des intuitions proches de celles que prouve la psychanalyse. » C'est-à-dire qu'on a là un argumentaire qu'on retrouvera dans la totalité de la pensée de Freud, du début jusqu'à la fin : les philosophes ont des intuitions, les psychanalystes ont des preuves. Donc un philosophe ça déjante, ça raconte des choses, ça postule, moi pas. Moi je suis dans la preuve, et toujours il nous dira qu'il est dans la preuve. On verra, et j'ai repéré dans l'œuvre complète nombre de fois où Freud nous dit qu'il pose l'hypothèse, qu'il formule l'hypothèse, qu'il postule que, etc... Enfin bon, à l'évidence on verra que tout était postulat, qu'il a lui-même cru à ces postulats comme autant de vérités, et qu'il nous disait que glisser du postulat à la vérité c'était finalement faire œuvre de scientifique.

 

Nietzsche était connu de Freud, donc je vous le disais, par ses cours avec Brentano, cet achat des œuvres, des discussions qu'il a pu avoir avec tel ou tel et puis quand il démarre ses réunions d'amis psychanalystes il consacre très vite et très tôt des séances à Nietzsche lui-même. Donc la première séance, séance du premier avril 1908 (ça fait donc huit ans que Nietzsche est mort) elle est consacrée cette séance à « de l'idéal ascétique » qui est l'une des dissertations de la généalogie de la mémoire. C'est une dissertation qui nous dit très précisément que la répression des instincts génère la culpabilité, la douleur et la souffrance. « La » thèse que nous retrouverons dans « malaise dans la civilisation » et dans « l'avenir de nos illusions ». Dès que Freud va s'occuper de questions de civilisation et bien on retrouvera cette idée, qui est une idée nietzschéenne, qu'effectivement la répression des instincts va générer un malaise. Dans ce texte qui est lu, et bien on a une série de commentaires, chacun prend la parole, le premier qui s'exprime, Hitchman, nous dit : « un système philosophique est le produit d'une impulsion intérieure et ne diffère pas beaucoup d'une œuvre artistique. » Thèse absolument nietzschéenne. Nietzsche ne dit que ça. Et on peut comprendre que Freud puisse trembler à l'idée qu'effectivement on puisse faire de la discipline qu'il nous présente comme une science une simple manifestation autobiographique de sa propre personne. Hitchman nous dit qu'on sait peu de choses de la biographie de Nietzsche et de fait à cette époque-là c'est pas encore aussi précis que maintenant. On sait simplement, et c'est ce qui intéresse les psychanalyses et les psychanalystes, qu'il eut une enfance sans père, ça on a eu l'occasion d'en parler, la mort de son père très tôt, la souffrance de son père aussi, l'agonie. La fait qu'il ait vécu beaucoup au milieu des femmes, effectivement, la mère, la sœur, les tantes... Le fait que très vite et très tôt il ait eu le soucis des questions morales. Il est vrai que les premières dissertations de Nietzsche nous le montrent extrêmement soucieux, du bien, du mal, des vertus, des valeurs, et de ces questions-là. C'est-à-dire qu'il était fils de pasteur et petit-fils de pasteur. Le psychanalyste en question dit qu'il avait également le goût de l'antiquité et de la philologie, ce qui est vrai. Il a toujours eu une passion pour le latin, pour le grec et la formation qui est la sienne est une formation de philologue. Et puis qu'il avait également une tendance à l'amitié virile, ce qui est vrai, il y avait effectivement chez Nietzsche un désir d'amitié comme il y avait une amitié romaine. Ça suffira pour les psychanalystes, pour dire que cette passion pour l'amitié virile c'est une tendance à l'inverse, c'est le mot que j'utilise parce qu'il est utilisé par les psychanalystes.

 

On est donc dans l'idée que Nietzsche aurait été homosexuel. Et vous verrez que indépendamment des trois essais sur la théorie de la sexualité, qui est un beau texte pour les homosexuels, Freud nous dit que les homosexuels ne sont pas des tarés ou des pervers. Le fait aussi, à la décharge de Freud, qu'il ait signé une pétition pour qu'on cesse de persécuter les homosexuels en son temps, ce qui est courageux et extrêmement honorable. Mais il y aura, vous le verrez, une théorie de l'homosexuel comme un personnage inaccompli, inachevé, un peu comme les femmes. Le modèle c'est l'homme et puis vous avez des gens qui n'y parviennent pas, les femmes n'y parviennent pas, les homosexuels non plus. Donc il y aura une condamnation de l'homosexualité et puis aussi une condamnation assez stupéfiante de la masturbation comme une espèce de chose effrayante et horrible. On a les psychanalystes qui sont tous là à s'exciter, c'est le cas de le dire, sur la question de la masturbation en disant que c'est la catastrophe, que c'est l'origine de toutes les névroses, de toutes les perversions et qu'il faut arrêter de se tripoter. Et que de toute façon si vous ne vous tripotez pas c'est que vous refoulez la masturbation et donc voilà... Ou vous vous masturbez et c'est catastrophique, ou vous ne vous masturbez pas et c'est catastrophique aussi parce que le refoulement c'est presque pire. Et Hitchman nous dit que s'il n'avait pas eu cette vie sexuelle déplorable probablement il n'aurait pas fait la critique de l'idéal ascétique. Ça aussi effectivement on pourrait le conclure. Ce à quoi il ajoute, et il conclue son intervention là-dessus qu'il y a eu paralysie générale de Nietzsche et que par définition on ne peut pas mener une analyse sur ce cas-là.

 

Donc commentaire et discussion de l'exposé, on va d'abord nous dire que Nietzsche est un sujet taré. Comme ça l'affaire est réglée, on a pas besoin d'aller voir plus loin ce qu'est sa pensée, ce qui est vrai hypothétiquement ou potentiellement. On parle de sa motivation homosexuelle et puis on dit : « c'est un moraliste, donc c'est pas un philosophe. » Moraliste au sens « moraliste français du 18ème, ou du 17ème plus encore. » Adler, un psychanalyste mais qui pour moi est un philosophe plutôt nietzschéen, lui a compris très vite et très tôt et ce sera d'ailleurs la première rupture de Freud avec ses disciples, il y aura également celle de Young qui produira des dégâts, mais Adler est quelqu'un qui nous dit : « Nietzsche est le plus proche de notre façon de penser. » Les choses sont clairement dites : « Nietzsche est le plus proche de notre façon de penser ». Il faut imaginer Freud tétouillant son cigare, parce qu'apparemment c'était une tabagie complète les rencontres du mercredi, et attendant la suite.

 

Il nous dit, Adler, qu'il y a un lignage, c'est extrêmement bien vu, qui va de Schopenhauer à Freud via Nietzsche. Ça ne va pas plaire à Freud, ça, l'idée qu'on puisse faire de l'histoire, inscrire la pensée de Freud dans un lignage fut-il philosophique. Parce que là d'abord on l'inscrit dans l'Histoire, c'est pas son soucis, et ensuite on l'inscrit dans l'histoire de la philosophie. Donc ça ne peut pas l'intéresser.

 

Il nous dit également, Adler, que Nietzsche avait bien compris le rapport qui existait entre la thérapie et le fait que pendant la thérapie on entre à l'intérieur de soi et qu'on devient un familier de la psychologie des profondeurs, c'est une proposition faite par Nietzsche lui-même, on verra ça à la séance suivante. Il y a une proposition de psychologie des profondeurs et le nouveau psychologue auquel Nietzsche invite, et bien c'est très précisément celui que deviendra ou ceux que deviendront les psychanalystes à ce moment là. Il nous dit également : Nietzsche a bien compris les rapports entre répression des instincts et production de la civilisation. Ça, de fait c'est une thèse majeure dans la généalogie de la morale.

 

Un autre analyste qui s'appelle Federn écrit, dit du moins puisque je m'appuie sur les minutes de ces sociétés psychanalytiques et que vous avez un scribe, un secrétaire qui note tout ça et j'ai travaillé sur ces notes-là. Federn dit : « Nietzsche est si proche de nos idées qu'il ne nous reste plus qu'à nous demander ce qui lui a échappé. Il a anticipé par intuition certaines idées de Freud. Il fut le premier à découvrir l'importance de l'abréaction, du refoulement, de la fuite dans la maladie, des pulsions sexuelles normales et sadiques. » On reviendra sur le détail de ces choses-là au fur et à mesure, l'abréaction c'est la catharsis, c'est le fait que vous puissiez guérir par la cure, recouvrer une santé perdue.

 

Freud, à ce moment-là prend la parole. Il dit qu'il a renoncé à l'étude de Nietzsche à cause de l'antipathie, c'est le mot qu'il utilise, pour son caractère abstrait. C'est singulier, je ne sais pas. Il y a quand même plus abstrait comme philosophe que Nietzsche. Il aurait pu dire ça pour Kant, il aurait pu dire ça pour d'autres. Pour Fichte, pour Hegel ou pour la grande tradition de l’idéalisme allemand. Mais pas pour Nietzsche. « Ces tentations occasionnelles de le lire, écrit le scribe, ont été étouffées par un excès d'intérêt. » Ça c'est un joli paradoxe, vous avez tellement d'intérêt que vous ne vous y intéressez pas. Comme ça c'est clair, vous ne lui devez évidemment rien. Il répond à Adler, et donc c'est le scribe qui note qu'il « peut assurer que les idées de Nietzsche n'ont eu aucune influence sur » ses travaux.

 

Otto Rank, autre psychanalyste, lui disserte sur la question de la pulsion sadique masochiste refoulée chez Nietzsche et il considère que cette pulsion refoulée entretient une relation particulière avec sa théorie de la cruauté. C'est évidemment passer à côté de la théorie de la cruauté chez Nietzsche qui n'a pas grand-chose à voir avec la cruauté des petits garçons et des petites filles qu'on trouve dans la comtesse de Ségur et qui tronçonnent les poissons rouges et qui jouit d'arracher des ailes de papillons. C'est pas la théorie de la cruauté chez Nietzsche, c'est autre chose, on a eu l'occasion d'en parler l'an dernier, je ne développe pas.

 

Et puis Steckel et les minutes du procès nous disent : Steckel a tendance à voir une sorte de confession dans le fait que Nietzsche cautionne les glandules de houblon et le camphre. Alors ça je dois dire que j'ai lu Nietzsche intégralement et je n'ai jamais vu que Nietzsche ait pu cautionner des glandules de houblon. Et je ne suis pas bien sûr qu'il ait beaucoup parlé de camphre. Mais enfin bon si effectivement il y a une confession dans cette affaire, je suis preneur d'information.

 

Autre séance, parce que la première n'aura pas suffi. 28 octobre 1908, c'est la parution d' « Ecce homo ». Texte important, me semble-t-il, autobiographique lui aussi comme la fameuse auto-présentation de Freud. Évidemment rempli, lui-aussi, d'approximations sur soi-même. L'orateur s'appelle Heutler (orthographe?) et il nous dit « ce livre est un auto-portrait rêvé ». Ce n'est pas faux mais toutes les autobiographies sont des autoportraits rêvés. Il nous dit « Nietzsche ne veut pas guérir ». Et ça vous verrez c'est une notion qu'on retrouvera par la suite dans la psychanalyse, c'est-à-dire que la psychanalyse ça marche toujours, sauf quand ça ne marche pas. Et si ça ne marche pas c'est que vous ne voulez pas guérir et Freud appelle ça le bénéfice la maladie. Sous-entendu : vous avez intérêt à rester malade plutôt qu'à être guéri et votre inconscient vous maintient dans la douleur et dans la souffrance parce que vous avez plus intérêt à être malade qu'à être guéri. Donc, l'orateur nous dit qu'on a la généalogie de l'idée de ce fameux bénéfice de la maladie. Il ne veut pas guérir, Nietzsche, parce qu'il sait que sa maladie est la cause de sa réflexion. Il faut lire la correspondance de Nietzsche pour voir qu'il se serait bien arrangé d'une guérison, et que son inconscient aurait probablement trouvé son affaire à une guérison, et que le génie de Nietzsche n'avait pas besoin de cette fameuse syphilis au stade tertiaire, c'est pas plus compliqué que ça. C'est ce qu'on appelle un tabès, qui va vers une paralysie générale. Et que Nietzsche se serait bien arrangé d'en finir avec cette syphilis qui lui a pourri la totalité de son existence.

 

Et puis il y a une sophisterie que je trouve magistrale parce qu'il nous dit : « Sans connaître la théorie de Freud, Nietzsche a senti et anticipé beaucoup de choses. Par exemple la valeur de l'oubli, de la faculté d'oublier, sa conception de la maladie comme sensibilité excessive à l’égard de la vie ». D'une certaine manière c'est Freud qui devient le précurseur de Nietzsche, et il faudrait presque engueuler Nietzsche d'avoir fauché quelques idées à Freud. Simplement l'idée qu'il a « senti » beaucoup de choses ça parait intéressant. Et puis il y a cette fameuse attaque ad hominem qui consiste à dire que finalement le personnage étant immoral, et bien il n'est pas digne de considération. Alors immoral pourquoi ? Il aurait contracté cette syphilis dans un bordel pour hommes... Il n'y a pas de preuves... Il n'y a aucune preuve... Alors s'il y a une preuve c'est clair, mais s'il n'y a pas de preuve c'est une preuve encore plus importante parce que s'il n'y a pas de preuve c'est qu'on a refoulé la preuve. Donc quand on a refoulé la preuve c'est que ça prouve encore plus, encore mieux. Donc : il est allé dans des bordels. Il ne s'en souvient pas, puisqu'il ne l'a pas dit, puisqu'on n'en trouve trace nulle part... C'est donc que ça a vraiment été le cas et qu'il a chopé sa syphilis dans cet endroit-là.

 

Et puis une théorie freudienne, et là toujours c'est pas la plume de Freud c'est la plume du secrétaire, Freud dit : « une certaine anomalie sexuelle est certaine ». C'est assez intéressant : on se dit anomalie pourquoi ? On n'a pas la preuve qu'il ait été « inverti », comme on dit. L'eut-il été que ça ne change pas grand-chose à l'affaire. Et bien Freud nous dit, vous le verrez on abordera cette question de l'homosexualité ou de la généalogie de l'homosexualité, comment devient-on homosexuel pour Freud. Freud nous dit : l'homosexuel c'est un narcissique. C'est toujours comme ça que ça se passe, une fixation sur l'objet libidinal qui est le moi. Donc quand on fait une fixation sur l'objet libidinal qui est le moi on ne va pas vers les autres et à partir de ce moment-là on s'aime soi, donc on devient homosexuel. C'est... Pour aller vite, hein... Je préciserai ces choses-là mais c'est la thèse de Freud. Et « Ecce Homo » est une autobiographie, et une autobiographie c'est narcissique, donc il est homosexuel. Donc effectivement on se dit que si le premier personnage qui écrit son autobiographie manifeste un narcissisme qui lui-même est le signe d'une inversion possible, effectivement tous les gens qui écrivent « je » sont suspects d'être homosexuels et donc sont suspects de ne pas être lisibles, de ne pas être lus puisqu'on a déjà dit que ce n'était pas des philosophes, que c'était un moraliste, que... etc... Donc effectivement on évacue le personnage.

 

Freud nous dit que Nietzsche a quand même fait un travail d'introspection extrêmement intéressant. Il est parvenu à un degré auquel aucun philosophe n'est parvenu. Il ne donne pas de détail mais on peut songer probablement aux confessions de Rousseau, aux essais de Montaigne, aux confessions de St Augustin... Mais, nous dit Freud, il n'a jamais atteint que du particulier. Il ne parle que de lui et ça ne concerne que lui. Freud considère, lui, que quand il est dans l'autobiographie, on verra que l'interprétation du rêve est éminemment autobiographique, lui est non pas dans les intuitions mais dans l'universel. Il n'est pas dans le particulier, il est dans la théorie générale et la scientificité. Les minutes en question nous disent, en conclusion, qu'en partie à cause de la ressemblance qu'ont ces découvertes intuitives avec les recherches ardues, et en partie à cause de la recherche de ces idées qui a toujours empêché Freud d'aller au-delà d'une demi-page dans ses tentatives de lire Nietzsche. Donc l'affaire est réglée, on y revient, les philosophes ont des intuitions, Nietzsche est capable d'avoir des découvertes intuitives mais Freud, lui, est dans la recherche ardue. L'opposition ce sera toujours ça. L'intuition des philosophes contre la recherche ardue du scientifique qu'est le psychanalyste.

 

Il y aura le livre de Lou, 1994, qui s'appelle « Friedrich Niezsche à travers ses œuvres », et l'ouverture du livre se fait sur une lettre de Nietzsche, 16 septembre 1882, extrêmement intéressante, Nietzsche écrivait, et elle se sert de cette lettre-là pour ouvrir son ouvrage : « votre idée de ramener les systèmes philosophiques à la vie personnelle de leurs auteurs est vraiment l'idée d'une âme sœur. J'ai moi-même enseigné dans ce sens l'histoire de la philosophie ancienne à Bâle et j'aimais dire à mes auditeurs : tel système est réfuté, est mort, mais la personne qui se trouve derrière lui est irréfutable. Il est impossible de le tuer. » Donc évidemment on voit bien que le nietzschéisme c'est effectivement une histoire de la philosophie, une histoire de la pensée qui est radicalement nouvelle, qui est radicalement moderne puisqu'elle renvoie au corps, à l'immanence, à la chair, à la vie et pas du tout au ciel.

 

Le temps passant, Freud étant devenu célèbre, ou commençant à devenir célèbre, le 21 et le 22 septembre 1911 à Weymar, Saxe et Jones font visiter Élisabeth Förster pour rendre les hommages de la psychanalyse à Élisabeth. Pendant ce temps Freud fait la rencontre de Lou Salomé, qui deviendra elle-même psychanalyste. A l'évidence, Freud est juif, Élisabeth Föster-Nietzsche est une antisémite notoire, son mari était un antisémite forcené, et il y a un nombre considérable de juifs dans la psychanalyse à cet époque, et Freud considère qu'il y en a même un peu trop et qu'il faudrait essayer de voir avec Young comment on peut essayer d'aryaniser la chose. Ce sont des expressions de Freud lui-même. Et on ne sait pas comment les choses se sont passées mais je pense que l'hommage de la psychanalyse à Élisabeth Föster-Nietzsche n'aura pas été bouté comme il aurait fallu.

 

Sur la fin de son existence, 11 Mai 1934, Arnold Zweig reçoit une lettre de Freud qui dit : « Pendant ma jeunesse, Nietzsche représentait pour moi une noblesse qui était hors de ma portée. Un de mes amis, le docteur Panette, en vint à faire sa connaissance et il avait pour coutume de m'écrire des tas de choses à son sujet. » Donc on sait, effectivement, qu'il a bien connu Nietzsche et que le docteur Panette en question, qui lui faisait des balades avec lui et qui a eu aussi des conversations sur l'époque de Zarathoustra, donc sur la question de la transmutation des valeurs, le corps comme une grande raison, Zarathoustra est quand même le lieu où il est question du ça, qui deviendra l'une des instances de la deuxième topique de Freud. Groddeck, un psychanalyste, dit lui-même qu'il tient cette instance-là de Nietzsche donc il y a une des instances de la deuxième topique de Freud qui est une instance spécifiquement nietzschéenne. Ils auront disserté probablement sur la question de la volonté de puissance, de la morale dominante, du rôle du christianisme dans la production des névroses, etc, etc... Bien évidemment que Freud connaissait Nietzsche et l’œuvre de Nietzsche.

 

Le même Zweig écrit à Freud qu'il aimerait bien écrire un livre sur l'effondrement de Nietzsche, et Freud l'invite à renoncer à ce projet. Il dit : « je ne sais pas pourquoi je vous invite à y renoncer mais renoncez-y. » Donc il y a vraiment une détestation toute son existence.

 

Je poserais deux questions pour conclure, ce sera l'occasion pour moi d'inviter à la séance suivante : Pourquoi y-a-t-il eu ce déni de la philosophie ? Pourquoi y-a-t-il eu ce déni de Nietzsche en particulier ? Deux hypothèses, on verra si elles sont justes :

 

L'idée que cet idéal de jeunesse aurait pu être trop élevé pour lui. A l'évidence on peut imaginer que Nietzsche qui ne courrait après rien de ce qui intéressait Freud, c'est-à-dire ni l'argent, ni les honneurs, ni la richesse, ni la réputation, ni ce genre de choses... Alors que Freud ne court qu'après ça et qu'il est obsédé par ça, voir les lettres à Fliess. Effectivement ça peut être un idéal trop élevé et frustrant. La logique du renard et des raisins, si vous voulez, on arrive pas à parvenir aux raisins, on dit ces raisins sont trop verts et on y renonce. Donc on peut s'imaginer qu'on aspire à une vie nietzschéenne et on s'aperçoit qu'on ne mène pas une vie nietzschéenne donc on se met à détester la vie nietzschéenne et les nietzschéens et ceux qui vont avec. Première hypothèse.

 

Deuxième hypothèse : l'idée que Freud n'a probablement pas envie qu'on puisse faire la démonstration qu'une pensée c'est une autobiographie, que c'est toujours une autobiographie. Il sait que ce n'est pas porteur pour être célèbre, pour avoir le prix Nobel, pour avoir une plaque sur sa maison natale, pour avoir un buste à l'université, ce genre de choses... Pour avoir de l'argent, de l'éducation, toutes ces choses qui constituent le quasi-quotidien des échanges, l'essentiel des échanges avec Fliess...

 

Voilà les hypothèses que je vous propose, on verra avec la séance suivante si ce sont des hypothèses qui sont fondées ou qui ne le sont pas.

 

Merci beaucoup.

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Michel Onfray - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 07:29

Onfray

 

 

Première partie de la deuxième conférence de Michel Onfray sur la thématique de l'affabulation freudienne. Discours retranscrit texto.

 

A retenir pour cette partie :

  • Annonce du plan de l'année de cours :

    • Relations entre biographie, deni de la biographie, philosophie chez Freud pour pouvoir mieux le comprendre

    • Deni de l'histoire chez Freudienne

    • Les errances de Freud, l'alinéarité de sa pensée

    • Freud, un chaman des temps modernes ? L'histoire de la psychothérapie depuis la préhistoire.

    • Les liens entre la politique et la psychanalyse.

  • Freud refusait le fait que la psychanalyse s'inscrive dans l'Histoire, il voulait qu'elle soit intemporelle. C'est le déni de l'Histoire.

  • Une pensée est une confession, nous dit Nietzsche. Il s'agit donc d'éclairer l’œuvre de Freud par sa biographie.

  • Le déni de la biographie chez Freud relève de la volonté de construire une légende.

  • Freud et sa famille ont tenté de détruire ou de cacher la correspondance de Freud, révélatrice d'autres facettes de l'homme.

  • Biographie de Freud : juif, ambitieux, veut devenir un grand homme, hésite dans ses études avant de se diriger vers la médecine, machiste, misogyne, phallocrate, gros consommateur de cocaïne, commet des erreurs médicales, très intéressé par l'argent, voulait être philosophe.

  • Freud n'a pas inventé la psychanalyse, c'est Joseph Breuer qui l'a fait. Freud s'est attribué peu à peu le travail de Breuer.

  • Le côté monumental de la biographie de Jones contribue à construire la légende de Freud.

  • Le succès de Freud vient de sa capacité à occuper le champ sociologique concernant les psychopathologies, et à s'entourer de cercles de gens douteux.

  • La psychanalyse n'est pas un outil applicable à tout le monde, mais elle est parfaite pour analyser Freud.

  • La psychanalyse relève de l'affabulation, de la psychologie littéraire.

  • Freud a puisé certains concepts chez Schopenhauer, puis comme on le verra dans la deuxième partie, chez Nietzsche.

 

Texte de la première partie de la conférence :

 

 

Bonsoir, merci d'être là.

 

La dernière séance qui était aussi la première avait été l'occasion de tout vous dire ou presque donc il s'agira dans les séances qui nous restent de développer tous les points qui auront pu être abordés. Il y aura cinq grands moments dans cette année :

  • Un premier temps qui concernera la question de la biographie, du déni de la biographie, du déni de la philosophie et à un moment vous verrez que les relations entre biographie, autobiographie et philosophie sont des relations complexes, singulières, extrêmement intéressantes qui permettent de comprendre beaucoup en ce qui concerne Freud, ou d'autres bien sûr mais Freud surtout.

  • Il y aura un deuxième moment qui tâchera de montrer que contrairement à ce que Freud avance, énonce et pense les concepts de Freud procèdent de sa biographie, de son autobiographie et nous verrons que cette ardeur qu'il a de se dire scientifique, expérimental, clinique, clinicien, etc... Cette ardeur n'a d'égal que son refus de constater que sa vie, en l’occurrence son œuvre, sa pensée et dans des moments tout à fait particuliers par exemple quand ses fils sont à la Première Guerre Mondiale ou quand il perd une fille, comme par hasard on voit apparaître le concept de pulsion de mort. Freud ne veut pas qu'on mette en relation ces concepts avec sa biographie et pour cause. On verra une espèce de déni de l'histoire chez lui. Le premier temps je l'avais intitulé (ce cours) « déni soit qui mal y pense », le deuxième « le crâne de Freud enfant ».

  • Le troisième concernera les théories, le capharnaüm chez Freud parce qu’effectivement on dit qu'il y a une pensée linéaire, que c'est une espèce de génie qui découvre tout seul la psychanalyse et donc on a l'impression que le temps ce n'est jamais chez lui que le développement qu'un fil très clair, un genre de fil d'Ariane qui nous permettrait de sortir du labyrinthe dans lequel les philosophes sont perdus depuis si longtemps. On verra que de fait c'est faux, ce n'est pas comme ça que les chose se passent et qu'il y a des errances, qu'il cherche, qu'il tâtonne, qu'il revient sur des positions, qu'il oublie un certain nombre d'erreurs, qu'il organise l'oubli de ces erreurs-là.

  • Un quatrième temps concernera la thaumaturgie, c'est-à-dire l'art de guérir. Ce que j'ai appelé, vous me direz c'est un petit peu facile, « les ressorts du divan », ce qui nous permettra de savoir ce qu'est la psychothérapie depuis très longtemps, depuis l'époque préhistorique puisque je pense que Freud est un chaman des temps post-modernes. Ce sera l'occasion de voir comment ces choses-là s'articulent.

  • Et puis dans un dernier temps ce que j'ai appelé l'idéologie, c'est-à-dire la politique de Freud. On pourrait dire aussi bien le rapport de Freud à la politique et vous verrez : il y aura des choses très, très, très étonnantes. Une espèce de dilection toute particulière pour un certain Benito Mussolini, par exemple, chose rarement dite. Et puis ce qu'aura généré sur le terrain politique la psychanalyse, un usage de la politique sur le continent européen, le vieux continent européen et puis également sur le continent américain.

 

On démarre donc cette aventure avec le déni de la biographie, qui est assez singulier chez Freud qui ne voulait pas, et ce très vite et très tôt, qu'on se soucie de sa biographie, qu'on s'intéresse à lui. Prétendument pour des raisons de modestie, du genre : « la science est intéressante et elle seule, moi pas je ne suis rien, etc... » En fait pour dissimuler la totalité des traces de ce qui montrerait l'inscription de la psychanalyse dans l'histoire. C'est ça que je vais essayer aussi de vous montrer cette année : la psychanalyse s'inscrit dans l'histoire. Sauf que pour l'instant dans toutes les encyclopédies, les dictionnaires ou les ouvrages dominants et majoritaires, l'historiographie dominante nous dit qu'il n'y a pas de problème, que c'est un corpus qui s'est constitué de manière idéale, qu'il n'a rien à voir avec la matière du monde, avec la réalité du monde, avec l'Histoire. Et puis que d'une certaine manière c'est le commerce d'un génie, Sigmund Freud, avec le monde des idées qui a produit la psychanalyse et que c'est assez trivial d'aller chercher de raisons du côté du sensible, du matériel ou de l'Histoire. Je persiste à croire que l'Histoire nous renseigne véritablement sur tout et surtout c'est qu'il faut de l'Histoire et que le déni de l'histoire fait le lit des pires drames, des pires tragédies.

 

A l’évidence, refuser qu'on puisse expliquer ces concepts par sa vie, sa pensée, par sa propre existence suppose une position radicalement anti-nietzschéenne. Parce que d'une certaine manière c'est la vérité du nietzschéisme que d'avoir dit, et je le dis souvent je vous renvois à la préface au « Gai Savoir » ou aux premières pages de « Par delà le bien et le Mal », Nietzsche nous le dit très précisément : une pensée c'est une confession, c'est l'autobiographie d'un corps. Nietzsche nous dit effectivement que la clef d'une œuvre se trouve dans la biographie. Alors ça ne veut pas dire que quand on aura démonté la relation entre biographie et œuvre pour autant on aura détruit l’œuvre, qu'elle ne sera plus rien, pas du tout. On l'aura simplement expliquée, c'est-à-dire qu'on l'aura relativisée, c'est ça l'intérêt. C'est à dire : il s'agit de ne pas porter au pinacle des pensées qui sont certes extrêmement intéressantes mais comme la pensée de Spinoza est intéressante, comme la pensée de Sénèque est intéressante.

 

C'est un préjugé idéaliste dans lequel se trouve Freud et c'est un préjugé dans lequel l'histoire de la philosophie se trouve bien souvent. Moi quand j'ai commencé les études il n'était pas du tout question de penser en terme de biographie d'un philosophe. Et dans les biographies il n'y avait d'ailleurs pas de biographie des philosophes, ça n'intéressait pas les historiens, ça n’intéressait pas les philosophes non plus. C'est par la suite qu'on a commencé à s’intéresser à la vie des philosophes et quand on met en perspective la vie et l’œuvre alors on découvre autre chose, on voit autre chose, on voit autrement. C'est la proposition que je veux vous faire cette année.

 

Il écrit à sa fiancée, Martha, celle qui deviendra sa femme : « on ne peut devenir biographe sans se compromettre avec le mensonge, la dissimulation, l'hypocrisie, la flatterie, sans compter sa propre obligation de masquer sa propre incompréhension. La vérité biographique est inaccessible, si on y avait accès on ne pourrait pas en faire état. » C'est une phrase étonnante, alors d'abord vous verrez cette année je vais beaucoup citer les correspondances, car je crois que les correspondances procèdent de l’œuvre, sont une œuvre, font partie de l’œuvre et qu'il n'y a pas d'un côté le génie d'un texte et de l'autre une correspondance dans laquelle rien ne se trouverait. Je pense qu'on trouve beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses dans les correspondances de Freud et si on y avait trouvé peu de choses je ne vois pas pourquoi sa famille se serait préoccupée de les récupérer, de les détruire, de les installer dans des archives où on ne peut pour certaines toujours pas les consulter. Cette lettre, par exemple, nous dit par exemple qu'une vie ne serait que mensonge, dissimulation, hypocrisie et flatterie. C'est une drôle de façon de considérer que finalement il n'y aurait que de la négativité chez un être, d'une part. Ensuite considérer alors qu'on est Freud et qu'on prétend qu'on va mettre à jour le fonctionnement d'un individu, qu'on ne peut pas découvrir le fonctionnement d'un individu. Freud nous dit d'une certaine manière dans son œuvre complète qu'on peut rendre compte des ressorts les plus intimes d'un être mais en même temps il nous dit là que dans la biographie ça n'est pas possible ou ça n'est pas pensable. Et puis cette dernière phrase étonnante : si on y avait accès on ne pourrait pas en faire état. On ne voit pas pourquoi on ne devrait pas faire état de ce que nous pourrions découvrir dans la biographie d'un individu, cette façon de refuser les biographies et les biographes est une façon singulière.

 

A l'évidence ça fonctionne avec le désir de construire une légende. Si vous construisez une légende, l'Histoire ne peut pas confirmer la légende que vous êtes en train de construire. Donc il faut choisir : refus de la biographie, refus du biographe, refus de l'histoire c'est souvent la célébration de la légende. Si vous n'avez rien à craindre, si vous n'avez rien à cacher, la biographie n'est pas problématique si tant est que vous ayez affaire à des biographes dignes de ce nom, qui ont envie de comprendre et de saisir les mécanismes de production d'une œuvre particulière.

 

Il s'agit donc d'accréditer la thèse de l'épiphanie légendaire. Ça provient comme ça du ciel, ça tombe du ciel, Freud est génial, il fait son auto-analyse, il rentre à l'intérieur de lui-même, il propose un genre d'introspection... On verra qu'elle ne dure pas bien longtemps et qu'elle n'est pas bien immense cette introspection. Mais la légende nous dit que ça a été courageux, que ça a été considérable et que il est allé dans des contrées absolument inédites, qu'il y a quasiment laissé sa peau dans cette auto analyse... Et que dans cette auto-analyse il aura découvert la vérité de la psychanalyse. Donc la production de la psychanalyse est l'affaire d'un homme qui se replie sur lui-même au sens philosophique du terme, c'est-à-dire qu'il fait une réflexion. Qui fléchit et qui réfléchit sur lui-même et qui va découvrir tout seul ce qu'il nous proposera. On verra que ça ne s'est évidemment pas passé comme ça.

 

En 1885 il a 29 ans, il détruit 14 années de traces. Il brûle tout : des journaux, des correspondances, des notes, des réflexions, des commentaires scientifiques, tout le travail qu'il a pu faire durant tout ce temps là et bien il en fait un immense feu de joie. Il est très heureux avec ça et il écrit, toujours dans une lettre à sa fiancée, qu'il imagine la tête que feront ses biographes. C'est-à-dire que Freud, quand il a 29 ans, pense déjà à ses futurs biographes. Non pas à son biographe, mais à ses biographes. Il utilise un pluriel, il considère qu'il aura des biographes. Il n'a encore rien fait.

 

Naissance le 6 mai 1856 à Freiberg, le père est négociant en laine, Jacob. La mère, Amalia, est au foyer. Les deux parents sont juifs, il est circoncis. Enfance banale, études au lycée, hésitations sur ses études... Il avait dit qu'il serait un grand homme, probablement ministre, il a envie de faire du droit, il pense que ça pourrait l'y conduire, et puis finalement il n'est pas très sûr, il fait médecine sans grande conviction... Il s'inscrit à l'université mais ça traîne, ses amis font leurs études assez rapidement, lui prend du temps... Il va ici ou là, il assiste à quelques cours de philosophie d'ailleurs, il avait envie de faire de la philosophie... Mais finalement c'est pas facile d'être célèbre et de faire de l'argent avec la philosophie, je vous le dis moi. Et donc c'est plus facile de faire de l'argent et d'être célèbre et d'avoir un nom, de se faire une réputation avec la médecine et éventuellement avec la médecine de l'âme. Donc il fait ses études de médecine. Ça traîne un petit peu, il trouve que ça ne va pas assez vite, il travaille en laboratoire sur la sexualité des anguilles, ce n'est pas excitant plus que ça... Alors il prétend qu'il a découvert deux ou trois petites choses. Il dissèque beaucoup, il cherche des gonades, il en trouve quelques-unes mais de fait on n'a pas le Prix Nobel avec ça.

 

Il fait son service militaire, il traduit quelques textes de Stuart Mill, le philosophe anglais dont j'ai dit beaucoup de bien déjà notamment sur un très bel essai sur les femmes. Il en profite pour dire à sa femme que le féminisme c'est une sottise, que Stuart Mill dit des sottises parce que... c'est un macho de première classe. Et puis on verra qu'en plus du machisme il ajoute la misogynie, et qu'à la misogynie il ajoute aussi une phallocratie. C'est-à-dire une construction de son système sexuel sur le phallus, symbole sexuel masculin, et que, on terminera l'année là-dessus, une femme ça n'est jamais qu'un homme qui n'a pas évolué. Quant à cette définition, je ne suis pas sûr de souscrire à cette hypothèse mais je vous précise que c'est la sienne. Mais non, je ne souscrit pas, je plaisante...

 

Il rencontre sa fiancée, grand moment dans son existence, il a décidé qu'il allait l'épouser, ils se séparent un peu parce qu'il va faire quelques allées et venues chez Charcot et il écrira à peu près 1000 lettres, dit-on... Et puis aussi : il a travaillé sur la cocaïne, et il en a pris beaucoup... il faisait un travail donc il fallait bien expérimenter. Sauf que les choses ne sont pas dites aussi clairement, moi je vous le dis très précisément quand on fait les analyses il a été douze ans cocaïnomane. Ça aide pour quitter la chaussée, parfois théoriquement, et donc il y a un certain nombre de thèses, vous verrez il esquisse des psychologies scientifiques par exemple, donnent l'impression d'avoir été écrite avec de la poudre dans le nez. Et beaucoup de poudre. Et donc il y a eu un moment où il s'est dit qu'il allait probablement faire fortune avec cette aventure de cocaïne. Il avait lu quelques articles, je ne vais pas tout vous dire, mais il s'était dit « c'est pas mal, ça. Probablement on peut devenir riche et célèbre assez rapidement ». Il a fait quelques essais sur un copain qu'il a envoyé dans la tombe et évidemment il avait écrit des textes, il a détruit ces textes-là, il les a fait disparaître parce qu'il avait dit que ça sauvait, que ça guérissait de tout. Il a découvert que ça sauvait pas tant que ça. Il pensait que ça guérissait de la morphinomanie, en fait de son copain morphinomane il a fait un cocaïnomane aussi. Enfin il avait beaucoup d'intérêt à faire disparaître tous ses premiers travaux sur la cocaïne et on peut imaginer que dans cet autodafé de 1885 il ait détruit beaucoup des preuves de toutes ses errances sur la question de la cocaïne.

 

Mais évidemment quand vous publiez un texte un jour, quand vous publiez un article un jour, il y a toujours des articles qui circulent, des volumes de la revue qui circulent et vous pouvez toujours les retrouver donc on retrouve aujourd'hui, évidemment, ces articles que Freud a consacrés à la cocaïne et on a découvert aussi dans un certain nombre de lettres, notamment les lettres à Fliess, et je vous disait tout à l'heure le bien, tout le bien que je pense des lettres à Fliess sans lesquelles le cours de cette année n'aurait pas eu lieu. C'est clair. Et on verra dans les lettres à Fliess ce qu'il en est de toutes ces errances et de toutes ces histoires.

 

Ces fameuses lettres à Fliess, aussi je vous dirai comment Freud a voulu les récupérer pour pouvoir les détruire, comment Marie Bonaparte, qui était une grande psychanalyste elle aussi les a récupéré en disant que c'était important, que c'était la genèse, la généalogie de la psychanalyse. La fille de Freud, Anna, disait : « mais il y a des choses trop intimes, trop personnelles... » donc il y a eu des éditions expurgées. C'est il y a peu seulement qu'on a pu lire la totalité des lettres que Freud a envoyé à Fliess. Évidemment les lettres que Fliess a envoyé à Freud ont été détruites par Freud lui-même.

 

On y découvre, dans cette aventure, que la légende d'une espèce de trajet rectiligne d'un Freud qui serait parti d'une espèce de connaissance intime de ce qu'il avait à faire et qui serait parvenu à la découverte de la psychanalyse tout seul, qui aurait fabriqué tout ça à partir de son génie effectivement est une légende. Parce qu'il n'y a pas un trajet rectiligne mais des errances, et beaucoup d'errances. Et beaucoup d'erreurs. Et quand on fait de l'histoire, pour le coup et pas de la géographie ou de la légende on découvre l'étendue des dégâts. Il y a des gens qui ont été maltraités. Je peux dire traités, mais maltraités. Mal soignés, détruits, des erreurs chirurgicales, des erreurs de thérapie, des erreurs de diagnostics, des gens qui ont été défigurés physiquement.. Enfin je vous donnerait le détail avec l'histoire d'Emma Eckstein, qui est une jeune femme dont Freud a toujours dit qu'elle était hystérique alors qu'il n'a jamais voulu prendre en considération l'erreur chirurgicale qui a consisté avec son ami Fliess a laisser 50 centimètres de gaze dans son nez après une opération. 50 centimètres de gaze qui évidemment se sont infectés après pourrissement et qui ont produit un certain nombre de dégâts. Il a fallu réopérer cette femme qui s'est retrouvée défigurée. Évidemment toute l'aventure Eckstein est détruite et dans les 1500 pages de l'hagiographie d'Ernst Jones, qui est le premier biographe autorisé comme on dit aujourd'hui, et bien vous chercherez en vain le nom d'Emma Eckstein, bien sûr et vous aurez une version extrêmement légendaire de la question de la cocaïne.

 

On y découvre que donc il n'est pas le bon thérapeute qu'on a voulu dire. On y découvre d'autres choses : je vous ferai voir que pendant qu'il prétend être psychanalyste il continue à pratiquer un certain nombre de médecines de charlatan. Le psychrophore, par exemple, qui est une espèce d'instrument, semble-t-il de torture qu'on fait rentrer dans l’urètre du pénis des hommes pour les guérir. On fait des envois d'eau froide pour les guérir de la masturbation. C'est-à-dire que le Freud qui nous dit qu'il guérit de tout avec le divan il prescrit encore l'usage de cet instrument barbare autour des années 1910 tout de même. Donc évidemment on n'a pas forcément envie que des correspondances témoignes de ce genre d'errer, de ce genre d'errances.

 

On y découvre que Freud n'est pas forcément le héros qu'on veut bien dire. Jones dit qu'il a souffert d'une psychonévrose fort grave. C'est quand même une formule intéressante : une psychonévrose fort grave. Surtout de la part de quelqu'un qui fait l'hagiographie de son héros et de son sujet. Mais c'est pour mieux dire que cette psychonévrose fort grave elle disparaît à partir du moment où Freud travaille son auto-analyse. Il fait son auto-analyse, il est guérit, il invente la psychanalyse et il est le premier guérit par la psychanalyse. On verra qu'il est le premier des « pas-guéris » de la psychanalyse et qu'un certain nombre d'autres individus ne seront jamais guéris par Freud bien que Freud dira qu'il les aura guéri. On entrera dans le détail du petit Hans, de l'homme aux loups, de l'homme aux rats, d'autres cas qui constituent par exemple plus tard les cinq psychanalyses.

 

On y découvre un personnage qui somatise. Il nous donne le détail de ses furoncles, par exemple, dans des zones sensibles, de ses maladies, de la dépression qui est la sienne, de ses moments d'impuissance sexuelle qui sont importants, de ses problèmes intestinaux, de ses angoisses, de ses phobies, etc...

 

La correspondance à Fliess n'arrête pas. La correspondance à Fliess c'est 1887-1904. C'est donc une longue durée et on y voit effectivement la généalogie d'une pensée, la généalogie d'un penseur et je vous assure que c'est extrêmement intéressant.

 

On y découvre que Freud n'est pas non plus un pur esprit mais un individu tout ce qu'il y a de moins intéressant parfois, qui est très très intéressé par l'argent, très très intéressé également par la célébrité. Très rapidement, très tôt il rêve de buste de lui à l'université, il a envie de plaque sur sa maison qui honore son génie de découvreur de l'inconscient, il a envie assez rapidement d'obtenir le Prix Nobel et ça c'est récurrent chez lui : il a envie d'être riche, et célèbre, et connu sur la planète entière. Sa maman lui avait dit, donc, qu'il serait célèbre et il veut faire plaisir à sa maman.

 

On comprend pourquoi les correspondances ont été tenues au secret et pourquoi certaines correspondance encore aujourd'hui sont tenues au secret dans des archives aux États-Unis où vous n'avez pas le droit d'accéder sauf si vous êtes habilité, c'est-à-dire si on sait que vous n'allez pas faire un mauvais usage des correspondances ou des archives que vous pouvez lire. Il y a des enregistrements, des bandes-son, de la correspondance papier, il y a des échanges de correspondance, il y a mille choses qui nous permettraient de faire de l'Histoire. Tout simplement faire de l'Histoire.

 

Donc évidemment quand vous écartez l'Histoire, vous pouvez fabriquer la légende. La fabrication de la légende elle est assez facile quand vous recourrez vous-même à votre propre autobiographie. C'est souvent le cas : l'autobiographie c'est le début de la construction de la légende. C'est vous qui racontez sur vous. Vous êtes juge et partie. A l’évidence, vous pouvez effectivement le faire délibérément (dissimuler, cacher, etc...) mais vous pouvez aussi, les voies de l'inconscient étant pénétrables, et puis l'inconscient n'est pas que freudien, on reviendra sur ce sujet-là, vous pouvez aussi de bonne foi avoir oublié, avoir négligé, avoir donné de l'importance à quelque chose qui n'a pas vraiment d'importance, passer sous silence quelque chose qui est majeur ou fondamental... Donc le personnage qui écrit son autobiographie est souvent dans une hagiographie de lui-même.

 

Et Freud produit deux ouvrage, majeurs... Auto-présentation, alors... J'ai travaillé sur l’œuvre complète des éditions PUF dons il y a des changements de traduction... Cette auto-présentation a été connue longtemps sous le titre « Ma vie et la psychanalyse »... Et puis un autre texte extrêmement intéressant : « Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique », un autre texte qui pour le coup est une autobiographie intellectuelle, une autobiographie de la discipline. Et Freud dira qu'il a inventé la psychanalyse, etc... Enfin je tâcherai de vous faire la démonstration que Freud n'a pas inventé la psychanalyse, c'est Joseph Breuer qui l'a inventée. Freud dit lui-même en 1910 que c'est Breuer qui a inventé la psychanalyse et puis après puisqu'il a envie de faire une espèce de coup d'état sur ce mot qu'il n'a même pas créé puisque lui il n'a pas parlé de psychanalyse mais il a parlé de psycho-analyse. C'étaient des gens comme Faurel, dont personne ne connaît le nom, qui parlaient de psychanalyse. Un jour Freud va laisser tomber sa psycho-analyse, va parler de psychanalyse puis va finir par dire, notamment dans la fameuse « contribution » que la psychanalyse c'est lui et personne d'autre et que si à une époque il a pu dire effectivement que Breuer en était l'inventeur il a voulu dire qu'il était l'inventeur potentiel d'une idée qu'il n'a pas su mener à bien mais que lui, Freud, a mené a bien, a fait le travail qu'il fallait faire et que l'inventeur c'est lui et personne d'autre.

 

La biographie dont je vous ai parlé, d'Ernst Jones, s'appelle « La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud, 1500 pages, fournit la matrice aux autres biographies. C'est un vrai travail, la biographie : il faut aller dans les archives, il faut dépouiller les lettres, il faut lire des tonnes de correspondances, il faut faire des choses par forcément réjouissantes. Enfin il faut faire un vrai travail de bénédictin, et c'est plus souvent facile de faire une biographie à partir de la biographie des autres. Et il s'agit de magnifier un héros, et bien tout ce qui n'est pas héroïque vous allez le mettre de côté, tout ce qui pourrait ne pas être héroïque (une dédicace à Mussolini) et bien vous allez une explication en disant que c'était de l'ironie, qu'il ne fallait pas prendre ça au pied de la lettre, que ce n'est pas ce qu'il faudrait comprendre. La question de la cocaïne, bah évidemment comme on sait que Freud a détruit des documents mais que tout n'a pas été détruit et bien vous redonnez une version, c'est -à-dire vous proposez une version légendaire et la plupart du temps la version légendaire elle est répétée. Parce que il vous faudrait prendre cette version et vérifier. Faire ce travail de vérification en vous disant : prenons cette question , par exemple de la cocaïne et allons voir. Lisons ces textes. Et la plupart du temps les gens n'ont pas forcément envie de faire ce genre de choses parce que 1500 pages ça fait la loi. Et Jones fait toujours la loi.

 

Et puis ensuite, mais ça aussi on développera, il vous faut organiser votre existence sr le principe des cercles concentriques et vous avez donc votre garde rapprochée, vous avez vos disciples, qui sont souvent des hommes de main, des gens sans foi ni loi, à qui vous pouvez faire faire ce que vous voulez et qui sont là de toute façon pour mourir pour vous. Et puis au fur et à mesure vous créez des institutions, des instances, des revues, des congrès, des maisons d'éditions et d'autre choses qui vous permettent d'exister (Bourdieu aurait dit « d'occuper le champ ») parce que si vous ne l'occupez pas d'autres l'occuperont à votre place. Et Freud a été excellent pour cette question de l'occupation du champ sociologique dans lequel se trouvait la question des maladies psychosomatiques, de la psychiatrie, de la psychologie dans la vienne de cette époque-là mais aussi dans l'Europe d'alors.

 

Donc il ne s'agira pas pour moi de faire une hagiographie, ça vous l'aurez compris mais il ne s'agira pas non plus de détruire systématiquement ou pour le plaisir de détruire. Je serai plutôt dans a perspective d 'un Spinoza qui nous disait : « Ni rire ni pleurer mais comprendre. » C'est-à-dire essayer de comprendre ce que c'est que cette psychanalyse qui est une psychologie littéraire (je ne le dis pas avec mépris mais en le constatant en disant : c'est une psychologie littéraire) qui s'est prétendue une théorie scientifique. Qu'est-ce qui s'est passé pour que ça ait pu marcher comme ça ? Comment est-ce que Freud a pu procéder ? C'est ce que je vais essayer de faire avec vous pendant toute cette année.

 

Ça supposera donc une psycho-biographie. Et on pourra me reprocher nombre de concepts freudiens mais je tiens à vous dire que j'utiliserai des concepts freudiens parce qu'il n'y a pas plus adapté, plus adéquat pour utiliser un terme spinoziste, pour « dire Freud ». C'est-à-dire les concepts de la psychanalyse sont des concepts qui permettent de « dire Freud ». La psychanalyse c'est un instrument pour comprendre Freud, pas forcément le reste du monde. Cette psycho-biographie il nous y invitait. Il nous disait : « il faudrait produire la psycho-biographie des philosophes. » Et bien je vais essayer de produire une psycho-biographie de Freud avec pour thèse, ce sera la thèse de l'année, que la psychanalyse c'est le rêve le plus élaboré de Freud. Mais ça supposera à l’évidence le détour par l'autobiographie.

 

Il faudra donc montrer l'articulation entre biographie et concepts, ce qui nous permettra de penser en terme d'affabulation. L'affabulation est un mot ancien, avec une acception récente, et je vous donne celle de Pierre Gilbert qui a écrit un dictionnaire des mots contemporains : alors l'affabulation c'est une « manière fantaisiste ou même mensongère de présenter, de rapporter des faits. » Il y a du mensonge, à l’évidence, quand on dit qu'on a guéri des gens qu'on a pas guéri, quand on a tué des gens dont on nous dit qu'ils se sont tué eux-même parce qu'ils n'ont pas fait ce qu'on leur avait prescrit alors qu'ils ont scrupuleusement fait ce qu'on leur avait prescrit, il y a du mensonge à l'évidence. Mais de la fantaisie, beaucoup. Vous verrez. Les fantaisies nommées, la horde du père, le complexe d’œdipe, le festin cannibale après la manducation du corps du père, enfin toutes ces choses que nous aurions vécues. L'idée que nous aurions assisté depuis les plus hautes époques de la préhistoire à la copulation de nos propres parents et que ça nous traumatiserais, etc... Enfin toutes ces choses-là vous verrez que c'est le fond de la pensée de Freud et il nous faudra voir comment tout ça relève effectivement de la fantaisie.

 

A l'évidence, lui qui passe son temps à dire qu'il est un philosophe, qu'il est pardon un scientifique et qu'il n'aime pas les philosophes, il est un philosophe. Donc il n'est pas question pour moi de le mépriser, ce n'est pas une épithète infamante que de dire de quelqu'un qu'il est philosophe simplement ce n'est pas du tout la même chose que de nous dire que l'on est un descendant, un compagnon de Copernic et de Darwin ou de que dire que l'on a là quelque chose, la psychanalyse par exemple, qui est assimilable à la psychologie littéraire d'un Marcel Proust dans la Recherche du Temps Perdu. Ce n'est pas déshonorant que de le dire. Simplement Marcel Proust n'a jamais pensé qu'il pourrait guérir le monde entier à partir de ses propres fantasmes. Donc on verra comment ce désir de Freud devient une réalité qui fonctionne dans la mesure où elle renvoie à une pensée magique.

 

Il y a donc un déni de la biographie et vous voyez bien pourquoi. Il y a donc aussi un déni de la philosophie. Il ne veut pas qu'on fasse savoir qu'il pourrait être un philosophe, qu'il aurait pu aimer la philosophie, qu'il aurait pu vouloir lui-même être un philosophe, ce genre de choses. Or une lettre à Fliess nous le dit, 1er Janvier 1896, je cite : « mon but initial : la philosophie. Car c'est cela que je voulais à l'origine. » Donc on a l'aveu de quelqu'un qui nous fait savoir que ce qu'il souhaitait c'était être philosophe. Il n'avait pas forcément envie de devenir médecin, il nous le dira un peu plus tard dans son œuvre. Il n'avait pas forcément envie non plus de devenir médecin psychiatre et s'il est dans le tâtonnement à l'université et qu'il assiste aux cours c'est bien parce que la philosophie l'intéresse. Mais, je vous le répète, la philosophie ne permet pas d'être riche, célèbre, connu sur la planète entière. C'est bien plus difficile d'être le Kant de son siècle que de devenir l' « inventeur » d'une thérapie qui est censée soigner et guérir.

 

La légende voudrait donc qu'il ait considéré que son destin était dans la médecine en assistant à une conférence au cours de laquelle avait été lue un texte de Goethe qui s'appelle « La Nature ». En fait si vous faites de l'Histoire vous découvrez qu'il s'agit d'une conférence qui avait pour sujet l'anatomie comparée et pas du tout la pensée de Goethe à proprement parler. Mais l'idée que Goethe ait pu servir de déclencheur à cette carrière qui deviendra la carrière de Freud est une idée intéressante, idée légendaire, bien sûr, mais idée extrêmement intéressante. Je n'ai pas les moyens, moi de vérifier, je ne travaille pas sur des logiciels mais d'aucuns me font savoir que Goethe est probablement l'auteur le plus cité de l’œuvre complète de Freud.

 

En 1914 il avoue qu'il a lu Schopenhauer, mais ça c'est un aveu qui étonne assez peu. C'est-à-dire qu'il y a une grande mode schopenhauerienne à cette époque-là, il y a également une grande mode nietzschéenne également à cette époque-là et on ne peut pas ne pas connaître ces deux-là. Et si vous lisez « Le monde comme volonté et comme représentation » vous avez un nombre considérable de thèses qui sont des thèses qu'on retrouvera chez Freud. Il y a la théorie du refoulement qui est très précisément une théorie freudienne, et bien cette théorie elle se trouva dans « le monde comme volonté et comme représentation », oui mais ça n'a pas produit d'effet nous dira Freud.

 

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Michel Onfray - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 07:02

 

 

Intouchables-007.jpg

Un article concernant le film « Intouchables » est paru récemment dans Le Guardian, et l'on y voit en arrière plan de la critique élogieuse du film le point de vue anglo-saxon sur la société française.

 

Il semblerait que là-bas les émeutes de 2005 soient encore dans les esprits et qu'une vision un peu binaire de la société française prévale dorénavant : d'un côté une bourgeoisie blanche et de l'autre une diversité ethnique défavorisée. Or il s'agit là d'une vision un peu parisianiste de la société française, ou tout au plus urbaine, car au delà des banlieues se trouve une population blanche rurale qui est parfois (et même de plus en plus souvent depuis une dizaine d'années) tout aussi défavorisée que les populations périurbaines.

 

Cette vision ethnicisée de la pauvreté, qui est celle trop souvent de la bourgeoisie parisienne, est dangereuse car elle canalise la compassion selon des critères relatifs à la couleur de peau, excluant du même coup d'une aide quelconque la population blanche défavorisée qui tend donc de plus en plus pour se faire entendre vers des opinions politiques extrêmes.

 

Selon moi la vision du Guardian est un mauvais schéma : la richesse en France est beaucoup plus le fait d'une origine sociale que d'une couleur de peau. Les riches deviennent riches, les pauvres restent pauvres, et ce indépendamment de leur origine ethnique.

 

 

Article original :

http://www.guardian.co.uk/world/2011/nov/09/intouchables-french-film-saluted?mobile-redirect=false

 

 

Le film français « intouchables » salué pour dépeindre la vie dans les banlieues françaises

(French film Intouchables saluted for depicting life in the Paris suburbs)

 

par Angelique Chrisafi, The Guardian, Mercredi 9 Novembre 2011

 

« Intouchables » fait un carton au box-office français et les critiques le hissent au rang de comédie de haut vol.

 

C'est le succès surprise de l'année au box office français : une comédie caustique mettant en scène un aristocrate tétraplégique et son aide à domicile noir et maladroit, issu de l'un des ghettos pauvres de la banlieue parisienne.

 

« Intouchables » - ou « Les Intouchables » - a rassemblé une critique qui craignait la possibilité d'un cliché maladroit sur les pauvres banlieues, sur la race et le handicap. Au lieu de ça, le film a été applaudi comme la comédie de l'année. Il s'est vendu 2 millions de tickets en moins d'une semaine. Les foules parisiennes font la queue devant les guichets et autour des pâtés de maison. Il est prévu de distribuer le film dans 40 pays, y compris les États-Unis en mars, où Harvey Weinstein a pris une option pour un remake américain.

 

« Est-ce la nouvelle Amélie ? » titrait le quotidien Libération, comparant le film à la comédie fantaisiste qui a captivé le public étranger il y a dix ans. Les critiques font une autre comparaison avec la récente comédie à succès sur le thème des lourds préjugés à propos du Nord français, « Bienvenue chez les Chtis ».

 

Basé sur une vraie histoire, « Intouchables » raconte comment un millionnaire devenu tétraplégique après un accident – rôle tenu par l'acteur de film d'auteur François Cluzet – embauche un improbable aide à domicile, Driss, qui vient de la banlieue pauvre et qui sort de prison. Le film est présenté comme un « film familial relaxant » à propos de l'amitié au delà du clivage des races, mais aussi comme le dit « Le Monde », un rappel désagréable de ce qu'est la France moderne, une « société fonctionnant à deux vitesses » : la bourgeoisie blanche parisienne et la population multiraciale des banlieues.

 

Après moins d'une semaine d'exploitation, le film est déjà salué pour révolutionner la façon dont la société française se voit elle-même. Cinq ans après les émeutes qui ont ravagé les ghettos de banlieue et qui ont déclenché une urgence nationale, peu de choses ont été faites pour apaiser le manque d'espoir d'une génération de jeunes français ghettoisés et marginalisés à cause de leurs couleurs de peau ou du statut d'immigré de leurs parents. Le cinéma grand public français a à peine abordé le sujet depuis le film acclamé de Mathieu Kassovitz « La Haine », sorti en noir et blanc en 1995, avec de rares exceptions récentes comme la comédie fédératrice « Neuilly Sa Mère » réalisée par Gabriel Julien Laferrière.

 

Omar Sy, le jeune et marrant acteur obtenant là son premier grand rôle, a été applaudi par des articles comme ceux de « Le Monde » le décrivant comme l'un des seuls acteurs noirs du cinéma français, qui traîne derrière les États-Unis sur la fourniture de rôles pour la diversité raciale. « C'est notre Eddy Murphy » a écrit le critique du Figaro Eric Neuhoff.

 

Sy, qui vient d'une famille nombreuse africaine, a grandi dans une cité des Yvelines à l'extérieur de Paris et a fait partie durant les cinq dernières années d'un duo comique faisant des sketchs sur la plus grande chaîne de télévision cryptée Canal Plus.

 

« Je ne veux pas être vu comme le seul noir. Je n'en suis qu'un de plus. » a-t-il déclaré. Cependant, il déclare qu'au delà de sa couleur de peau il porte une responsabilité dans la juste peinture de la banlieue. Il a ressenti que la situation dans les banlieues s'est empirée ces dernières années. « On savait que ça allait être difficile, que nous devrions nous battre deux fois plus dur que quiconque, mais on avait des rêves. Maintenant les jeunes ne se l'autorisent même plus. » déclare-t-il.

 

Patrick Lozes, l'ancien chef du CRAN, le groupe qui chapeaute en France les associations noires, et qui cherche maintenant à rencontrer le président pour défendre la diversité, a déclaré : « Ce film est une rare histoire positive qui donne une image positive de ces quartiers, montrant qu'ils sont une part de la France comme n'importe quelle autre, avec ses problèmes et ses difficultés mais aussi ses joies. Je sais en puisant dans ma propre histoire – en grandissant dans l'un de ces quartiers avec ma mère divorcée – que ce film peut donner de l'espoir. Il y aura un avant et un après ce personnage dans le cinéma français. »

 

Ce succès arrive après une bonne série de films français inspirés de faits réels et sortis ces récents mois, comme « La Guerre est Déclarée », l'histoire saluée par la critique d'un couple faisant face au cancer de leur enfant, et Polisse, un succès du festival de Cannes à propos de la vie quotidienne d'une brigade de police de la protection des mineurs.

 

Christophe Narbonne, un critique français du magazine « Première », a dit que « Intouchables » était un succès parce que bien écrit, bien joué et dirigé mais aussi portant une subtile touche d'humour british.

 

« En France nous sommes habitués au comédies populaires locales, à l'humour français et aux rires faciles. Là il s'agit d'un humour burlesque très anglo-saxon, à la fois absurde et subtil, quelque chose qui fonctionne de mieux en mieux aujourd'hui en France. » déclare Narbonne.

 

 

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 16:26

Charlotte-lewis.jpg

 

 

 

En 2010 Charlotte Lewis, une autre victime de Roman Polanski, déclarait publiquement avoir été elle aussi violée « de la pire des façons ». Les faits étaient relatés dans les colonnes du Guardian.

 

Article original :

http://www.guardian.co.uk/film/2010/may/15/charlotte-lewis-accuses-roman-polanski?mobile-redirect=false

 

 

Une actrice britannique clame avoir été abusée sexuellement

par Roman Polanski quand elle avait 16 ans

(British actor claims Roman Polanski

sexually abused her at 16)

 

 

par Ed Pilington, The Guardian, 15 Mai 2010

 

Les problèmes judiciaires du metteur en scène Roman Polanski, qui est actuellement en résidence surveillée dans son « château » suisse en attendant son extradition vers les états-unis pour une accusation de viol sur une fillette de 13 ans il y a trente ans, s'est encore épaissie hier quand une actrice britannique a déclaré qu'il avait sexuellement abusé d'elle durant les années 80 quand elle avait 16 ans.

 

Charlotte Lewis, qui a maintenant 42 ans, est apparue dans le bureau de son avocat, Gloria Allred, à Los Angeles pour annoncer aux journalistes l'accusation selon laquelle Roman Polanski aurait abusé d'elle « de la pire des façons » à Paris. Elle n'a pas donné de détails, et aucune preuve n'a été apportée pour soutenir l'accusation.

 

Mais Allred a dit que sa cliente voulait présenter cette accusation dans le but de montrer à la justice américaine que les charges retenues contre Polanski – selon lesquelles il aurait drogué et violé une fillette de 13 ans dans la maison de Jack Nicholson en 1977 – n'étaient pas isolées.

 

Lewis, qui est apparue dans le films de Polanski « Pirates » en 1986 – quatre ans après que l'agression supposée se soit produite – a lu une déclaration lors d'une conférence de presse et a refusé de répondre aux questions. « Il a abusé de moi et j'ai dû vivre avec les effets de son comportement depuis que c'est arrivé. Je ne veux que justice. » a-t-elle déclaré.

 

La police de Los Angeles a confirmé à l'Associated Press que Lewis avait été interrogée par leur service, mais qu'aucune enquête n'était entamée.

 

Polanski, le réalisateur de classiques d'Hollywood comme « Chinatown » et « Rosemary's Baby », est tombé dans les limbes judiciaires depuis septembre quand un mandat américain demandant son arrestation a été émis après qu'il ait voyagé en Suisse pour recevoir une récompense dans un festival cinématographique. Il a été confronté aux charges qui pèsent contre lui selon lesquelles il a administré des Quaaludes et du champagne à une gamine de 13 ans en 1977 pour la violer ensuite, a plaidé coupable pour avoir eu recours à une relation sexuelle illégale avec une mineure. Mais il s'est envolé avant la sentence.

 

Cette semaine le juge de Los Angeles qui suit le cas Polanski a refusé une requête de ses avocats de rendre public un témoignage secret faisant partie de l'affaire. La défense a répondu que cela aurait prouvé la mauvaise conduite du juge, maintenant décédé, qui avait pris en main cette affaire.

 

L'équipe d'avocats de Polanski a déclaré ne pas être au courant des allégations de Lewis.

 

Lewis est aussi apparue dans le film de 1986 intitulé « The Golden Child » et a eu de petits rôles dans d'autres films et émissions de télévision.

 

Allred est connue pour s'occuper d'affaires controversées. Elle a récemment représenté Rachel Uchitel, l'une des femmes impliquées dans l'affaire du golfeur Tiger Woods.

 

Hier au Festival du film de Cannes, l'acteur Michael Douglas a déclaré qu'il ne signerait pas la pétition pour soutenir Polanski – postée sur un site web contrôlé par le philosophe français Bernard Henri Levy – parce que Polanski n'a « pas respecté la loi ».

 

 

 

 

 

 

 

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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