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Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 08:33

 

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J'ai trouvé cet article datant de 2003 sur un site américain, qui tentait à l'époque de comparer le management à la française au management à l'américaine. Je ne pense pas que l'auteur ait tort concernant la description qu'il fait de notre système, on pourrait au pire lui reprocher une certaine partialité parfois.

Je vous laisse comparer si, presque dix ans après, la situation a changé ou non dans nos entreprises. J'ai l'impression personnellement d'une certaine porosité du système français aux méthodes américaines, notamment dans l'obsession récente à favoriser le profit à cours terme au mépris du développement à long terme. Par contre je ne crois pas que nos défauts aient disparu, notamment la prédominance des réseaux et du « qui êtes-vous ? » sur le « qu'avez-vous fait ? », comme le dit le texte.

L'article original en anglais se trouve à l'adresse :

 

http://syre1.weebly.com/the-differences-between-french-and-american-managers.html

 

Traduction :

 

Les différences entre les managers français et américains

 

Les tentatives françaises pour conquérir le marché américain

 

(Auteur : John Gaynard)

 

Très peu de livres ont été écrits sur les rachats franco-américains ou américano-français. L'un d'eux a été écrit en 1997 par Guillaume Franck, professeur de gestion internationale à HEC, probablement l'école de commerce française la plus influente. Il y dresse un bilan, souvent humoristique, des acquisitions françaises aux États-Unis. Le livre devrait être une lecture obligatoire pour toute entreprise française souhaitant acheter aux États-Unis ou pour n'importe quelle compagnie américaine qui souhaiterait acheter en France. Le titre du livre est "A la Conquête du Marché américain" et il est publié par la maison d'édition parisienne « Éditions Odile Jacob ».

 

Le livre est composé de recherches sérieuses. Il est également riche d'anecdotes : dont l'une d'entre-elles à propos des cadres français, envoyés aux États-Unis par une maison-mère, qui avaient de hautes compétences techniques mais aucune qualité humaine. Les cadres supérieurs américains dont ils dépendaient ont refusé de les mettre à des postes plus élevés que de la gestion usuelle, et ils ont même hésité à leur donner ce type de responsabilité sur leur personnel. Ou bien il cite une autre anecdote à propos de l'étonnement provoqué dans un département français de Ressources Humaines par des managers américains qui ont refusé des postes clé qui leur étaient proposés parce que les contrats n'étaient pas assez détaillés. Un simple contrat d'une page suffit à contenter un cadre français car il est habitué à bénéficier des lois françaises très strictes sur le travail. Or sur le marché du travail américain un travailleur doit se préoccuper de son propre intérêt, et un solide contrat avec la société est la meilleure façon de le faire. Même lorsque les employeurs français se rendaient compte que ces refus de postes pouvaient tous être attribués à des différences de culture, ils se mettaient en colère devant le manque de confiance que leur accordaient les dirigeants américains. En France, tout est basé sur le relationnel privée.

 

Axa

 

Un succès notable français fut celui du rachat d'« Equitable Life » par AXA (bien que le magazine Fortune daté du 14 Juillet 2003 suggère qu'AXA pourrait se brûler les doigts à fournir des assurances à Hollywood). Ce fut également un succès qui a délivré son lot d'anecdotes. Claude Bébéar, le président d'AXA de l'époque, a été très vite adopté par les cadres américains qui l'ont accueilli, non seulement comme un chevalier blanc mais aussi comme une personne qui a démontré des compétences pratiques organisationnelles. Bébéar a voulu apporter à ses gestionnaires américains des méthodes qui avaient été couronnées de succès pour lui en France, comme une invitation annuelle à une équipée, sans leurs conjoints, dans un recoin exotique du monde : parfois, le désert du Ténéré, ou d'autre fois l'Ouest de l'Inde ou la Chine.

 

Culpabilité américain quand il aucun espace pour les conjoints

 

Cependant, les dirigeants américains se sentaient coupables à l'idée de se promener à travers le monde et de s'amuser à un moment où la société Équitable était dos au mur. Quelques-uns d'entre eux ont refusé l'invitation pour le désert de Gobi, mais ils furent poussés à accepter un voyage pour la Grande Muraille de Chine. Une fois en Chine, le complexe de culpabilité WASP pris le dessus et les gestionnaires américains décidèrent de faire sauter les séances de copinage. Leur idée était que si AXA n'avait pas pris de dispositions pour le travail c'est que ce devait être un oubli de la part de l'un des lieutenants de Claude, mais peu importe ils allaient s'en occuper eux-mêmes. Ils ont donc décidé d'entreprendre une étude sur le marché de l'assurance chinois. Ils ont mis en place des réunions avec des dirigeants chinois et ont parlé des risques et des opportunités tandis que leurs homologues français renforçaient leurs relations avec Bébéar. Bébéar, néanmoins, s'est montré un rapide apprenti. Ce fut l'occasion pour lui de se rendre compte du fait que les gestionnaires américains font des distinctions très fortes entre le travail et les loisirs. Pour eux, si les conjoints avaient été inclus, le signal aurait été donné pour la mise en place d'un événement à caractère social. Mais parce que les conjoints étaient absents, ce voyage aux frais de la princesse devait signifier autre chose, c'est-à-dire du travail. Sur les événements sociaux suivants incluant les gestionnaires américains, Claude Bébéar décida d'y inclure les conjoints.

 

Accor

 

Le livre de Franck détaille beaucoup d'autres expériences. L'une de ces réussites est celle d'Accor, la chaîne d'hôtel. A l'origine elle s'est mise dans une mauvaise passe en offrant aux gestionnaires de « Motel 6 », la société qu'elle avait racheté, un beau package d'avantages basés sur le maintien des profits trimestriels et annuels sur une période de trois ans, période au bout de laquelle les gestionnaires de l'époque pourraient quitter la société. Introduisant un thème qui est le fil conducteur du livre, Franck détaille cet exemple de l'«aléa moral": car les responsables américains de Motel 6 ont immédiatement arrêté de gérer la société dans l'intérêt de l'actionnaire et leur seul but est devenu l'augmentation des profits à court terme pour s'arroser eux-mêmes avec les plus hauts bonus possibles. L’investissement fut stoppé, la maintenance préventive disparut, les chambres ne furent plus redécorées. En fait, dans beaucoup de motels, les chambres n'étaient même plus balayées ou nettoyées. Les clients réguliers ont commencé à préférer dormir dans leurs voitures dans les parkings d'en face plutôt que de dormir dans des chambres infestées de poux et de rats dans un Motel 6 désormais connu comme un repaire de trafiquants de drogue.

 

Lorsque Accor a réalisé ce qui se passait ils ont envoyé Georges Le Mener pour renverser la situation. Il avait été engagé après n'avoir reçu qu'un faible enseignement professionnel le couronnant d'un simple certificat de gestion d'hôtel. Cependant, il avait par la suite bénéficié du système de formation interne Accor, l'un des meilleurs en France, dont il était sorti avec les honneurs. Comme Guillaume Franck l'écrit dans son livre, Le Mener est arrivé au Motel 6 en ayant confiance en lui, mais sachant peu de choses sur les États-Unis et encore moins sur le marché hôtelier américain. Contre toute attente, il réussit. En faisant un succès de Motel 6, Le Mener fut un lucratif retour sur investissement pour la confiance que les managers senior d'Accor avaient placé en lui. Sans lui Accor n'aurait jamais fait d'autre acquisition aux États-Unis, et grâce à lui ils ont ensuite acheté « Red Roof Inns » pour posséder maintenant plus de 10% du marché hôtelier économique des États-Unis.

 

Accor envoie ses managers dans un centre de formation situé à l'extérieur de Paris dans lequel le client est roi. La société recrute son personnel en dehors des grandes écoles de l'élite française. Pechiney, d'autre part, utilise son réseau d'anciens au maximum. Pechiney a acheté « American Can » au terme d'une célèbre affaire de corruption et est un parfait exemple de tout ce qui peut aller mal avec le style de gestion à la française. Le Mener ressemblait à n'importe quel gestionnaire américain typique plutôt qu'à tout autre gestionnaire français décrit dans le livre. Beaucoup d'autres dirigeants français mentionnés ont été incapables de fonctionner à 6000 miles de leur réseau de soutien issu d'une "Grande École" et ils ont dû être rapatriés honteusement, car dans un certain nombre de cas leurs subordonnés et collègues américains les percevaient comme étant tellement arrogants qu'ils ne pouvaient simplement pas travailler avec eux.

 

Les écoles de l'élite française et leurs modifications récentes

 

La plupart de ces clones inefficaces, suggère Franck, sont malheureusement typiques d'un enseignement élitiste à la française et d'un système d’État qui a plus à voir avec l'ancienne méthode de préparation aux responsabilités des mandarins chinois qu'à une école moderne préparant aux règles des entreprises. Les meilleurs diplômés de ces écoles d'élite, dans lesquelles l'éducation est plus ou moins gratuite, sont une poignée de chanceux destinés à passer leurs vies à servir l’État. Au cours des dix dernières années, toutefois, les bénéficiaires de ce système ont commencé à refuser ce destin les menant droit à une bureaucratie sclérosée et certains ont même préféré rembourser l’État immédiatement après l'obtention de leur diplôme plutôt que d'effectuer leur service minimum de cinq ans dans un abrutissant emploi de haut niveau au service d'un État qui n'a même pas entendu parler de la gestion moderne des ressources humaines. Jean-Pierre Raffarin, le Premier ministre français nommé l'année dernière, est une exception à ce réseau d'écoles vieillottes et a durant longtemps travaillé comme consultant dans le secteur privé. En France, le «qui êtes-vous?" (le réseau social auquel vous appartenez) est traditionnellement plus important que le «qu'avez-vous fait récemment?». Des managers de seconde zone sont protégés par leurs réseaux et déplacé d'un échec "subventionné par l’État" vers un autre, détruisant à chaque étape une grande entité économique (pensez à Bull et au Crédit Lyonnais). Il est encore un peu tôt, mais Raffarin semble avoir l'intention d'améliorer ce mode traditionnel de gestion contrôlée par l’État (j'écris ceci le 04 Juillet 2003).

 

Réunions

 

Après les fusions et acquisitions franco-américaines, il faut avouer que gestionnaires français et américains ne se voient que rarement face à face lors de mêmes réunions. Les managers français utilisent les réunions pour bâtir des réseaux avec les autres et essayer de donner du sens à ce qui se passe dans l'environnement politique de l'entreprise. Les gestionnaires américains ou britanniques utilisent généralement des réunions pour décider des plans d'actions, faire des vérifications d'étape et organiser des examens structurés. Selon Franck, beaucoup de gestionnaires américains dans son livre ont perçu les réunions avec leurs collègues français comme des discussions interminables. Les managers français perçoivent leurs collègues américains comme incapables de contrôler leurs allants, comme étant trop impulsifs devant des situations problématiques n'étant pas suffisamment comprises ou encadrées.

 

La tendance du gestionnaire américain à privilégier la production, en négligeant la recherche et développement.

 

Dans les cas où les acquisitions françaises ont été un succès, les gestionnaires américains étaient heureux de voir que leurs homologues français étaient prêts à dépenser plus d'argent à la R&D et aux investissements de capitaux que les propriétaires précédents. Avant l'achat, la plupart des usines américaines avaient été administrées presque au jour le jour, et vidées de leurs investissements. Trop souvent, semble-t-il, un gérant américain qui sait qu'il occupera un emploi pour seulement deux ou trois ans aura tendance à éviter les dépenses à long terme. L'argent ainsi «économisé» sera ramené à la production. C'est parce que le gestionnaire sait qu'il ou elle est jugée sur les chiffres du bénéfice trimestriel. Malheureusement, son successeur devra recoller les pots cassés, en ignorant les lois sur la pollution, faire face à des accidents du travail ou à tout autre de ces dangers multiples qui auraient pu être évités par la maintenance préventive.

 

Cette attitude à court terme pour les investissements est un anathème pour les ingénieurs français et les gestionnaires qui se targuent de mettre en valeur les concepts d'hygiène et de sécurité, d'entretien des usines et de qualité du produit. Ils ont été étonné de voir combien les entreprises américaines acquises ont été gérées de manière à produire énormément dans des usines maintenues ensemble comme avec du ruban adhésif.

 

La supériorité du gestionnaire américain en marketing et en service clients

 

Les gestionnaires américains, d'autre part, enterrent les français quand il s'agit de marketing et de service à la clientèle. En France, les managers de ligne n'ont aucun contact avec les clients. Aux États-Unis il semble constamment parler au client, ou bien à son propos. C'est là que les Français savent qu'ils ont le plus à apprendre. Il n'y a que dans l'industrie du luxe que les Français ont la même réputation, la même notoriété, la même influence et aussi un bon système de distribution et de connaissance du besoin client équivalent à celui des Américains.

 

La comparaison de Franck des styles américains et français de management l'a conduit à la conclusion que les méthodes de gestion américaines s'exportaient mieux à l'étranger que les méthodes françaises. Les entreprises américaines imposent plus ou moins les mêmes cultures d'entreprise et les mêmes structures de reports quantitatifs sur l'ensemble de leurs filiales, et ce quel que soit l'emplacement géographique. Ainsi, une société américaine venant en France pour la première fois sait qu'elle doit apprendre à lire et écrire le français, mais ignore qu'elle doit se transformer en une société avec une culture nationale française et son approche égalitariste entraîne le fait qu'elle a souvent moins de problèmes liés au travail que ses concurrents français nationaux. Les entreprises françaises, d'autre part, ont des cultures d'entreprise qui sont des ramifications des écoles de commerce ou d'ingénieurs particulières, dans lesquelles les managers ont été formés et continuent à recruter. L'idée que se fait la France des relations au travail est politique, conflictuelle et basée sur les classes, et non pas comme dans les entreprises américaines structurée en fonction de l'offre et de la demande.

 

De nombreuses entreprises françaises sont dirigées par des gestionnaires qui sont sortis d'écoles d'élites, et qui ne se sentent à l'aise qui s'ils peuvent imposer leur système national sur une acquisition à l'étranger. Par conséquent, les entreprises françaises n'ont ni la culture ni un modèle de gestion qui s'insère facilement dans d'autres cultures nationales. Après acquisition, les entreprises françaises tentent souvent d'imposer à la société acquise une élite sur-qualifiée, qui doit son succès à un système éducatif binaire qui élève ou qui exclue. Jusqu'à récemment, cette élite était trop culturellement déterminée pour être exportable et elle a sérieusement commencé à plomber sa compétitivité par son absence de variété sur des marchés en constante évolution. Les entreprises françaises qui ont récemment réalisé des acquisitions réussies aux États-Unis ou au Royaume-Uni ont réussi parce qu'elles ont réalisé, parfois très douloureusement, qu'elles avaient à gérer leurs filiales avec des gestionnaires qui utilisent la manière américaine.

 

Il n'est pas surprenant que les entreprises françaises qui font aujourd'hui l'acquisition avec succès d'une culture d'expansion, comme Accor et L'Oréal, soient les entreprises qui se révèlent les meilleures à moderniser leur gestion sur leur sol d'origine français.

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 10:38

 

Un célèbre article paru dans "le Monde" le 11 Décembre 2007 :



Mous et incompétents. Telle est, en substance, l'opinion que les Français se font de leurs supérieurs hiérarchiques. Tous certes ne sont pas visés. Mais globalement, les dirigeants rançais se révèlent plus mauvais qu'ailleurs, selon une étude réalisée par le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines BPI et l'institut BVA auprès de 5 500 salariés dans dix pays, publiée jeudi 6 décembre.



"Nous entendons les critiques sur le terrain. Mais nous pensions que les difficultés étaient similaires ailleurs. Nous ne nous attendions pas à un tel écart" , constate Brice Maillé, directeur de la branche management de BPI. Seul un sondé français sur deux trouve un quelconque talent à son supérieur, et un sur trois l'estime très compétent, soit les taux les plus bas des dix pays considérés. Signe d'inefficacité : la moitié des hiérarques ne fixeraient pas d'objectifs annuels précis à leurs collaborateurs, disent ces derniers. Ce qui est ressenti de façon négative.



"Quand les objectifs ne sont pas clairs, les salariés ne peuvent améliorer au mieux leur performance et leur rémunération s'en ressent", explique M. Maillé. D'autant que "les salariés sont plus autonomes car le nombre de niveaux hiérarchiques s'est réduit depuis vingt ou trente ans ; les managers ont donc plus de collaborateurs sous leurs ordres, dont ils sont souvent éloignés géographiquement".



PEU D'AUTORITÉ



En toute logique, ces salariés éprouvent peu de respect pour leurs managers et leurs consignes. Un Français sur deux reconnaît ne pas suivre les directives de son supérieur hiérarchique. Seuls les Roumains font pire : 60 % sont dans ce cas.



Ces salariés peuvent agir ainsi sans souci, car les managers français font aussi preuve de peu d'autorité, celle-ci étant reconnue comme une qualité et non comme un défaut. Les pays dont les supérieurs hiérarchiques sont jugés les plus autoritaires sont aussi ceux où leurs subordonnés les trouvent les plus sympathiques. Ce qui est le cas aux Etats-Unis et au Maroc. "L'autorité est fortement valorisée aux États-Unis, où elle est ressentie comme une affirmation du leadership et une capacité à prendre des décisions. En France, on assimile volontiers autorité et autoritarisme, volonté de sanctionner (négativement)..." , notent les auteurs.



Cette vision négative influe sur les comportements. Deux dirigeants français sur trois sont prêts à écouter les remarques de leurs collaborateurs, estiment ces derniers, score parmi les plus faibles des pays analysés. Un tiers seulement appuie son collaborateur quand celui-ci souhaite une augmentation de salaire, et moins d'un sur deux est prêt à l'aider pour lui permettre de progresser, ce qui place la France très loin derrière les autres pays.



Cette image très pessimiste se renforce avec les années et l'expérience. Plus les salariés sont âgés, plus leur mauvaise opinion s'accentue. Cette impression est aussi plus forte dans les grandes entreprises que dans les petites. Enfin, les dirigeants du privé ne sont pas mieux perçus que ceux des entreprises publiques ou des administrations, ce qui est une exception française. Contrairement à une idée reçue, les pays où salariés et dirigeants entretiennent des relations amicales sont aussi ceux où ces derniers sont les mieux jugés.



Ces défauts managériaux n'empêchent pas les grandes entreprises françaises de réaliser d'excellentes performances. Mais elles sont de plus en plus le fait de leurs filiales et managers à l'étranger.

 

Annie Kahn

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 13:04

 

Nous ne sommes pas les seuls à douter de la compétence de nos élites : il en est de même en Ukraine en ce moment, là où le président est actuellement accusé de plagiat pour son livre « l'opportunité ukrainienne ». Les excuses, comme d'habitude, sont plus que fumeuses et on se demande si en Ukraine cette affaire aboutira, comme trop souvent cela arrive chez nous dans des affaires de plagiat lorsqu'elles touchent quelqu'un d'important, par une impunité totale du copieur-colleur incriminé.

J'ai ici traduit un article issu des blogs du New York Times. L'article original se trouve à l'adresse : http://thelede.blogs.nytimes.com/2011/10/27/ukraines-president-accused-of-plagiarism/?ref=europe

 

 

Le président ukrainien accusé de plagiat

(Ukraine's president accused of plagiarism)

 

par J. David Goodman

 

L'éditeur d'un nouvel ouvrage écrit en anglais à propos de l'Ukraine le décrit comme "un guide pratique pour les investisseurs potentiels!"

 

Peut-être que c'est ce qu'il est. Mais le livre intitulé «Opportunity Ukraine" (l'opportunité ukrainienne), n'est certainement pas un guide pratique pour les écrivains.

 

C'est parce que l'auteur, le président du pays, Viktor F. Ianoukovitch, est poursuivi depuis près de deux mois par des accusations selon lesquelles il aurait plagié certaines parties de son livre sur toute une gamme de textes, dont les discours d'autres politiciens, des articles de magazine et le mémoire d'un étudiant.

 

Pour William Pawlowsky, un ancien journaliste ukraino-canadien vivant à Montréal, ces accusations de plagiat ne sont pas surprenantes. "Quelqu'un pense-t-il sincèrement que le président sortant de l'Ukraine est capable d'utiliser une plume et du papier pour écrire ? De pondre un livre en entier? " a écrit M. Pawlowski en septembre sur le site d'informations indépendant « Ukraine Business Online », peu après la publication du livre. «Il est tout à fait normal pour le dirigeant d'un pays de vouloir présenter une image positive de son pays. Toutefois, l'image de l'Ukraine n'est pas du tout améliorée avec la sortie d'une telle publication. "

 

Le journaliste qui a le premier signalé le plagiat, Serhiy Leshchenko, a comparé le livre de M. Ianoukovitch à ceux d'autres dirigeants du monde entier, dont les best-seller américains écrits par Bill Clinton et Dick Cheney, et a écrit que le président ukrainien avait torché son travail par "un banal plagiat". Il a enquêté sur la copie présumée dans le journal en ligne Ukrayinska Pravda.

 

L'article comporte des passages en anglais qui auraient été chipé à au moins six autres sources, dont un discours sur la réforme agraire et un article de 2007 provenant du Collège de Science Politique pompé sur Internet.

 

Certains passages sont quasi-identiques à ceux extraits d'une histoire parue en mars dans le magazine ukrainien Korrespondent, comme le rapporte l'Associated Press.

 

Au début de Septembre la traductrice du livre, Kostyantyn Vasylkevych, a déclaré qu'il était responsable de la suppression des références aux sources du texte, dans le but de rendre le livre plus «facile à lire", comme le rapporte Radio Free Europe. Et le mois dernier une association d'écrivains autrichiens, préoccupée par les accusations, a décidé de ne pas faire la promotion du livre à la foire internationale du livre qui se déroulait à Francfort en octobre. Selon Radio Free Europe, M. Vasylkevych a refusé de parler de cette question ou de fournir son manuscrit.

 

Les efforts déployés par M. Ianoukovitch, leader à la poigne de fer qui a été élu de justesse en 2010, pour intégrer le pays plus étroitement à l'Europe occidentale ont capoté ce mois-ci après qu'un tribunal ait prononcé une peine de prison sévère à l'encontre de la chef de l'opposition ukrainienne, Ioulia Timochenko, comme le rapporte le Times. L'Union européenne a réagi à cette condamnation par un brusque report de la rencontre avec M. Ianoukovitch, et ce jusqu'à une date indéterminée.

 

Alexander J. Motyl, professeur de sciences politiques à l'université Rutgers, a vu le présumé plagiat comme un indicateur de l'incompétence générale au sommet du gouvernement ukrainien. Sur son blog sur le site du bimensuel américain World Journal, il écrit:

 

« Une explication possible est que l'entourage de Ianoukovitch ne savait pas réellement que ce qu'ils faisaient était du plagiat. Est-ce possible? Bien sûr, mais dans ce cas, ces punks ne devraient pas diriger un pays. Ils devraient être cireurs de chaussures à la gare de Grand Central Station. Vous pouvez pardonner à un type ordinaire son ignorance de la mécanique quantique, mais pour les gros bonnets politique d'un pays important ne pas connaître les règles élémentaires de la citation est impardonnable. »

 

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 07:09

 

Voici la traduction en français, que j'ai effectuée, d'un article de Time Magazine qui avait fait grand bruit à l'époque de sa publication car il parlait sans détours de la mort (ou du déclin) du rayonnement de la culture française. C'était il y a presque 4 ans, avant la crise, et l'Amérique ultralibérale pérorait du haut de ses indices boursiers.

 

On trouve pèle-mêle dans cet article l'obsession française d'une culture qui est partout mais qui ne s'exporte pas, l'énervement des anglo-saxons devant notre protectionnisme et nos subventions en tout genres, la médiocrité de nos artistes et écrivains actuels devant leurs prédécesseurs, les espoirs portés par notre nouveau président de l'époque, des conseils de libéralisation du secteur de la culture, des conseils cinématographiques qui nous incitent à abandonner le cinéma d'auteur pour aller voir « Taxi », l'insinuation que toute notre culture est bâtie sur ce que nous avons « emprunté » à d'autres.

 

On y trouvera également mélangés Victor Hugo, Christine Angot, Michel Houellebecq, Luc Besson, François Busnel, Marc Levy, John le Carré, Faulkner, Nicolas Sarkozy, Yasmina Reza, Christine Albanel et bien d'autres...

 

Bref il y a un peu de tout dans cet article, chacun choisira s'il approuve ou non le discours du journaliste, dont le propos tend surtout à démontrer que la culture est un produit comme un autre et que des chiffres de vente sont représentatifs de la qualité d'une œuvre, voire que des chiffres sont représentatifs de tout. En tout cas c'est toujours intéressant de savoir ce que pensait l'Amérique arrogante d'avant la crise des sub-primes à propos de la France. Personnellement sur le sujet de la culture et de l'assistanat français je pense que tradition et innovation, classicisme et modernité peuvent tout à fait cohabiter dès lors qu'on ne les jette pas les uns contre les autres, et que le protectionnisme sans aller jusqu'à l'autarcie a quand même du bon pour rendre le commerce plus humain.

 

Mais ne désespérons pas car il nous reste selon l'auteur trois chose : la mode, la cuisine et le vin. J'ignore si c'est suffisant pour faire tourner toute l'économie d'un pays, et à vrai dire j'en doute.

 

Lien vers l'original : http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1686532-1,00.html

 

La mort de la culture française

(The Death of French Culture)

 

A la recherche du temps perdu

(In Search of Lost Time)

 

Donald Morrison, Time Magazine, 21 Novembre 2007

 

Les jours raccourcissent. Un vent froid agite les feuilles mortes, et certains matins les vignes sont barbouillées de givre. Une fois encore partout en France, la vie s'est renouvelée : elle contient la récolte de 2007. Et quelle récolte. Au moins 727 romans, dont 683 issus de la rentrée littéraire de l'automne dernier. Des centaines de nouveaux albums musicaux et des douzaines de nouveaux films. Des expositions d'art géantes dans tous les grands musées. De nouveaux concerts et opéras joués dans les élégants auditoriums et salles qui embellissent les villes françaises. L'automne signifie de nombreuses choses dans beaucoup de pays, mais en France il signale l'aube d'une nouvelle année culturelle.

 

Et personne ne prend la culture plus au sérieux que les Français. Ils la subventionnent généreusement ; ils la couvent avec des quotas et des exonérations de taxes. Les média français lui consacrent un vaste temps d'antenne et des colonnes entières. Même les magazines de mode prennent les critiques de livres au sérieux, et l'annonce du prix Goncourt du 5 Novembre – l'un des 900 prix littéraires français – était en une des journaux partout dans le pays. (Il a été attribué au roman de Gilles Leroy pour « Alabama Song ») Chaque ville française quelle que soit sa taille a son opéra annuel ou son festival de théâtre, tandis que chaque église a son récital du week-end d'orgue ou de musique de chambre.

 

Il y a un problème. Tous ces puissants chênes tombés dans la forêt culturelle française ne font que modérément du bruit dans le reste du vaste monde. Autrefois admirée pour l'excellence dominante de ses écrivains, artistes et musiciens, la France est aujourd'hui une puissance flétrie dans le marché mondial de la culture. C'est une question particulièrement sensible en ce moment, alors qu'un vigoureux nouveau président, Nicolas Sarkozy, a l'intention de restaurer la place de la France dans le monde. Quand cela concernera la culture, il aura du pain sur la planche.

 

Seule une poignée des nouveaux romans de cette saisons trouveront un éditeur en dehors de la France. Moins d'une douzaine le sont par an aux États-Unis, tandis que 30% des fictions vendues en France sont traduites de l'anglais. C'est le même pourcentage qu'en Allemagne, mais là-bas le nombre total de traductions anglaises a environ été réduit de moitié ces dix dernières années, tandis qu'il continue d'augmenter en France. Les générations précédentes d'écrivains français – descendants de Molière, Hugo, Balzac, et Flaubert à Proust, Sartre, Camus et Malraux – ne manquaient pas de lectorat à l'étranger. Réellement, la France revendique une douzaine de lauréats du prix Nobel de littérature – plus que n'importe quel pays – bien que le dernier, Gao Xingjian en 2000, écrive en chinois.

 

L'industrie cinématographique française, la plus importante du monde il y a un siècle, a compté parmi elle l'éminence de la nouvelle vague des années 60, lorsque des metteurs en scène comme François Truffaut ou Jean-Luc Godard réécrivirent les règles du cinéma. La France continue de pondre environ 200 films par an, plus que n'importe quel autre pays européen. Mais la plupart sont d'aimables broutilles à petit budgets pour le marché populaire. Les films américains pèsent pour environ la moitié des tickets vendus dans les cinémas français. Tandis que les films faits à la maison ont explosés ces dernières années, le seul film français a avoir vaguement remporté du succès au box-office américain est « Ratatouille » (oups, c'était un film fait aux États-Unis par Pixar.)

La scène artistique parisienne, lieu de naissance de l'Impressionnisme, du Surréalisme et d'autres « -ismes » majeurs, a été supplantée au moins d'un point de vue commercial par New York et Londres. Les ventes aux enchères françaises comptent pour moins de 8% de l'ensemble des ventes publiques de l'art contemporain, d'après les calculs de Alain Quemin, un chercheur français de l'Université de Marne la Vallée, tandis que 50% s'effectuent aux États-Unis et 30% en Grande Bretagne. Dans une évaluation annuelle du magazine allemand « Capital », les États-Unis et l'Allemagne revendiquent 10 des artistes les plus exposés dans le monde, tandis que la France n'en a aucun. Une étude d'ArtPrice sur le marché 2006 de l'art contemporain a montré que les travaux du leader européen - l'anglais Damien Hirst – se vendait aux alentours de 180.000$. Le meilleur artiste français de la liste, Robert Combas, vendait ses œuvres pour 7500$.

 

La France a des compositeurs et des chefs d'orchestre de réputation internationale, mais sans équivalence avec les géants du vingtième siècle qu'étaient Debussy, Satie, Ravel et Milhaud. Dans la musique populaire, des chanteurs et chanteuses français comme Charles Trenet , Charles Aznavour et Édith Piaf étaient écoutés dans le monde entier. Aujourd'hui, les américains et les britanniques dominent la scène pop. Alors que l'industrie musicale a fait un chiffre d'affaire de 1,7 milliard de dollars l'année dernière en disques et téléchargements, seuls peu d'artistes français sont connus à l'étranger. Petite interro : nommez-moi une star française qui ne soit pas Johnny Hallyday.

 

La diminution de l'importance culturelle de la France ne serait qu'une autre intéressante particularité nationale – comme le faible taux de natalité de l'Italie, ou le goût de la Russie pour la vodka – si la France n'était pas la France. Il s'agit d'un pays dans lequel promouvoir le rayonnement culturel a fait partie de la politique nationale durant des siècles, là où des philosophes controversés et de clinquants nouveaux musées sont un symbole de fierté et de patriotisme. De plus, la France revendique une « exception culturelle » qui autorise les gouvernements à exclure les produits de divertissement étrangers tandis qu'ils subventionnent les leurs. Les politiciens français, qui pensent que le protectionnisme sauvegarde la diversité culturelle du poids lourd hollywoodien, ont considéré en 1993 le film de Steven Spielberg « Jurassic Park » comme une « menace pour l'identité française ». Ils ont ensuite enraciné le concept d'exception culturelle par une directive de l'Unesco en 2005, et ils se battent régulièrement pour la défendre lors de négociations de commerce internationales.

 

Accentuer l'aspect positif

 

De plus, la France s'est depuis longtemps attachée à une « mission de civilisation » pour élever les alliés et les colonisés au même niveau. En 2005, le gouvernement a même ordonné aux grandes écoles de France d'enseigner « le rôle positif » du colonialisme français, qui aurait élevé les colonisés (le décret a ensuite été abandonné). Comme une certaine autre nation qui a tiré ses principes du 18ème siècle des lumières, la France n'est pas timide lorsqu'il s'agit d'exhiber ses valeurs. Comme l'a observé récemment Sarkozy : « Aux États-Unis et en France, nous pensons que nos idées sont destinées à illuminer le monde. »

 

Sarkozy est avide de poursuivre cette destinée. Le nouveau Président a non seulement promis de renforcer l'économie française, son éthique des affaires et sa position diplomatique, mais aussi de moderniser et d'approfondir l'activité culturelle en France. Les détails de ce projet sont brouillons, mais le gouvernement a déjà proposé de rendre gratuite l'entrée dans les musées et, en faisant des coupes budgétaires ailleurs, d'augmenter le budget du Ministère de la culture de 3,2% pour atteindre 11 milliards de dollars.

 

Je ne sais pas si ces efforts auront beaucoup d'impact sur la perception étrangère d'une quelconque manière. Dans un sondage de septembre effectué sur 1310 américains pour « Le Figaro Magazine », seulement 20% considéraient que la culture est un domaine dans lequel la France excelle, loin derrière la cuisine. Le moral populaire n'a jamais été aussi bas. Beaucoup de Français pensent que le pays et sa culture ont décliné à partir de, cochez une date : l'humiliante occupation allemande de 1940 ; 1954, le début de la fratricide guerre d'Algérie ; ou 1968, l'année révolutionnaire à partir de laquelle les conservateurs comme Sarkozy disent que la France est passée sous l'influence d'une nouvelle et désinvolte génération qui a sapé les bases de l'éducation et du maintien.

 

Pour les français, quelle que soit leur couleur politique, le déclinisme a été un sujet important ces dernières années. Les librairies sont pleines de jérémiades comme « la Chute de la France », « le Grand Gâchis », « la Guerre des Deux France » et « la Dérive de la Classe Moyenne ». Les invités des talk-shows et les éditorialistes décrivent la fortune pâlissante de la France, et même l'échec de l'équipe de France à la Coupe du Monde de Rugby – qui se déroulait en France cette année – a fait l'objet de cogitations en tant qu'indicateur du déclin national. Mais la plus part de ces lamentations concernent l'économie, et l'ascension de Sarkozy est largement due à ses promesses de s'en occuper.

 

Le déclin culturel est un échec plus difficile à évaluer, surtout lorsqu'il faut lui trouver des responsables. Étant traditionnellement un pays de droite, cela évoque pour la France une nostalgie pour la société plus rigide et plus hiérarchisée du 19ème ou du début du 20ème siècle. Paradoxalement, cette époque guindée a inspiré ultérieurement à la France plus de vitalité culturelle. « Un grand nombre d'artistes français ont émergé en réaction au système éducatif » dit Christophe Boicos, un enseignant en arts parisien qui est aussi propriétaire d'une galerie. « Les romantiques, les impressionnistes, les modernistes étaient des rebelles contre les standards académiques de leurs époques. Mais ces standards étaient relativement hauts et ont contribué à l’impressionnante qualité des artistes qui se sont rebellés contre eux. »

 

La contamination du langage

 

Ce que l'on aime, évidemment, est toujours de qualité, voilà le vrai sens du mot « culture ». Le terme renvoyait à l'origine à l'évolution des choses, comme en agriculture. Finalement il a fini par regrouper la culture des arts, de la musique, de la poésie et d'autres recherches hautement culturelles d'une élite hautement cultivée. Durant les temps modernes, les anthropologistes et les sociologues ont élargi le terme pour y inclure l'enthousiasme des masses pour la « sous-culture », tout comme le système des castes, les coutumes d'enterrement et autres comportement.

 

La culture, les Français aiment l'avoir à toutes les sauces. Leur gouvernement dépense 1,5% du PNB à soutenir une large gamme d'activités culturelles et divertissantes (contre seulement 0,7% en Allemagne, 0,5% en Grande Bretagne, et 0,3% aux États-Unis). Le Ministère de la Culture, avec ses 11,200 employés, couvre d'argent ces lieux de haute culture que sont les musées, les salles d'opéras, et les festivals de théâtre. Mais le ministère a aussi nommé quelqu'un durant les années 8O pour s'occuper du Rock N' Roll et ainsi aider la France à rester compétitive face aux anglo-saxons, mais sans succès. De même, l'Assemblée Nationale en 2005 vota pour désigner le foie gras comme une part de l'héritage culturel nationale digne de recevoir une protection.

 

En France, les subventions culturelles sont partout. Les producteurs de n'importe quel film qui ne soit pas pornographique peuvent obtenir une avance du gouvernement anticipant les recettes du box-office (dont la plupart ne sont jamais complètement recouvrées). Les prélèvements provenant d'une taxe de 11% sur les tickets de cinéma sont réinjectés en subventions. Canal Plus, la principale chaîne nationale payante, dépense 20% de ses revenus à acheter les droits de films français. Par obligation légale, 40% des émissions à la télévision et des chansons diffusées à la radio doivent être françaises. Des quotas séparés régissent les heures de prime-time pour assurer que les programmes français ne sont relégués au milieu de la nuit. Le gouvernement accorde des exonérations spéciales de taxe pour les intermittents du spectacle. Les peintres et les sculpteurs peuvent obtenir des ateliers subventionnés. L’État a aussi lancé un programme en provenance du Ministère des Affaires Etrangères, qui va beaucoup plus loin que les efforts des autres pays développés. La France envoie des pleins avions d'artistes et d'intermittents pour travailler à l'étranger, et subventionne 148 groupes culturels, 26 centres de recherche et 176 sites de fouilles archéologiques à l'étranger.

 

Avec tous ces avantages, pourquoi les offres culturelles françaises ne s'exportent-elles pas mieux ? L'un des problème est que la plupart d'entre elles sont en français, qui n'est plus maintenant que la douzième langue la plus parlée dans le monde (le chinois étant la première, l'anglais la seconde). En plus pour empirer les choses, les organes majeurs de la critique culturelle et de la publicité - la machine mondiale du « buzz » - sont de plus en plus basés sur les États-Unis et la Grande Bretagne. « Dans les années 40 et 50, tout le monde savait que la France était le centre de la scène artistique, et il fallait venir ici pour être reconnu, dit Quemin. Maintenant il faut aller à New-York.

 

Un autre problème est peut-être les subventions, dont les critiques disent qu'ils assurent la médiocrité. Dans son livre sorti en 2006 et largement commenté depuis, intitulé « On Culture in America », l'ancien attaché culturel Frédéric Martel s'émerveille de la façon dont les États-Unis arrivent à produire tant de produits de haute culture et d'une si noble qualité avec une absence de soutien du gouvernement. Il conclue que les politiques de subvention comme celles de la France découragent les investisseurs privés – tout comme l'argent – d'entrer dans le secteur culturel. Martel remarque : « Si le Ministère de la Culture n'est nulle part, alors la culture est partout ».

 

D'autres critiques avertissent que la protection de l'industrie culturelle diminue son attractivité. Avec un marché populaire abrité derrière des quotas et la barrière du langage, les producteurs français peuvent prospérer sans exporter. Seul 1 film français sur 5 est exporté aux États-Unis, et 1 sur 3 en Allemagne. « Si la France était la seule nation qui pouvait décider ce qui est de l'art et ce qui n'en est pas, alors les artistes français deviendraient bons » dit Quemin. « Mais nous ne sommes pas les seuls joueurs, donc nos artistes doivent apprendre à regarder au-delà de nos frontières. »

 

Certains aspects des personnages nationaux peuvent aussi jouer un rôle. Abstraction et théorie ont longtemps été prisés au sein de la vie intellectuelle française et applaudis dans ses écoles. Nulle part cette tendance n'est plus apparente que dans les fictions françaises, qui continuent de souffrir du mouvement du « nouveau roman » introspectif des années 50. Beaucoup des romanciers les plus applaudis aujourd'hui écrivent des fictions élégantes et dépouillées qui ne s'exportent pas bien. D'autres pratiquent ce que les français appellent « l'autofiction » - des mémoires finement voilés qui ne cachent pas avoir été conçues lors d'un profond auto-examen. Christine Angot a reçu en 2006 le prix de Flore pour sa dernière œuvre, « Rendez-vous », une dissection exhaustive et introspective de ses histoires d'amour. L'un des seuls romanciers contemporains largement publié à l'étranger, Michel Houellebecq, est largement connu pour être misogyne, misanthrope et obsédé par le sexe. « En Amérique, un écrivain veut travailler dur et avoir du succès » dit François Busnel, le directeur éditorial de « Lire », un magazine littéraire populaire qui n'est diffusé qu'en France. « Les écrivains français pensent qu'ils doivent être des intellectuels. »

 

Inversement, la fiction étrangère – surtout le roman d'actualité ou réaliste – se vend bien en France. Des auteurs anglo-saxons très axés sur la narration tels que William Boyd, John Le Carré et Ian McEwan sont sur-représentés dans la liste des best-sellers français, tandis que des américains tels que Paul Auster et Douglas Kennedy sont considérés comme des fils adoptifs. « C'est un endroit où la littérature est encore prise au sérieux » dit Kennedy dont son « Woman in the Fith » a été un récent best-seller dans sa traduction française. « Mais si vous regardez la fiction américaine, elle concerne la condition en Amérique, d'une façon ou d'une autre. Les romanciers français produisent des choses intéressantes, mais ce qu'il ne font pas c'est poser un regard sur la France. »

 

Le cinéma français a aussi souffert du complexe du « nouveau roman ». « Le film typique français des années 80 et 90 montrait une poignée de personnes assises à un dîner et se heurtant les uns avec les autres. » dit Marc Levy, l'un des romanciers les plus vendu en France. (Son « Si c'était vrai » est devenu en 2005 un film Hollywoodien intitulé « Just Like Heaven » avec Reese Witherspoon et Mark Ruffalo.) « Une heure et demie plus tard, ils sont toujours assis en train de dîner, et certains sont d'accord mais d'autres non. » La France aujourd'hui peut produire des films lissés et hautement commerciaux – « Amélie, Brotherhood of The Wolf » - mais pour beaucoup d'étrangers la contamination du langage subsiste.

 

Acte suivant

 

Comment faire de la France un géant culturel à nouveau ? L'un des points de départ est le système éducatif, dans lequel une série de réforme durant les années passées a banni les arts des programmes. « Un élève, à l'école, apprend à lire mais pas à voir. » se plaint Pierre Rosenberg, un ancien directeur du musée du Louvre. Dans ce but, Sarkozy a proposé une option histoire de l'art pour les élèves des grandes écoles. Il a aussi promis des mesures pour inciter davantage d'entre eux à suivre la filière littéraire. Aujourd'hui le cursus éducatif le plus populaire est le cursus scientifique associé à une option socio-économique. « Nous avons besoin de littéraires, des gens qui peuvent maîtriser le langage et la raison. » dit Xavier Darcos. « Ils sont toujours désirés. »

 

Sarkozy a refroidi l'intelligentsia française, l'été dernier, en demandant la démocratisation de la culture. Beaucoup l'ont interprété comme une volonté de baser la politique culturelle sur le marché et non sur des jugements professionnels à propos de la qualité. Devant faire face à d'importants adversaires, il est improbable que Sarkozy mène une guerre contre les subventions, qui restent très populaires.

 

Mais le gouvernement devrait essayer de stimuler la participation du secteur privé en s'attaquant au système des impôts. « Aux États-Unis vous pouvez faire la donation d'une toile à un musée et obtenir une déduction complète » dit l'expert en art Boïcos. « Ici cela est limité. Ici le gouvernement prend les décisions importantes. Mais si le secteur privé était plus impliqué et si les institutions culturelles avaient plus d'autonomie, la France pourrait connaître une renaissance culturelle majeure. » La nomination par Sarkozy de Christine Albanel au poste de ministre de la Culture ressemble a une incitation à l'initiative individuelle : en tant que directrice de Versailles, elle a permis le développement de donations privées et de partenariats avec le milieu des affaires. Le Louvre a fait un bon en avant en développant avec efficacité son nom par des ramifications à Atlanta et à Abu Dhabi.

 

Une tâche plus difficile sera de changer la façon de penser française. Même s'il est difficile de généraliser sur une population de 60 millions de personnes, il y a une fissure dans l'esprit national qui laisse planer un doute sur les succès commerciaux. Les sondages d'opinions montrent que davantage de jeunes français veulent un emploi de fonctionnaire, plutôt que de faire carrière dans les affaires. « Les Américains pensent que si des artistes ont du succès, ils doivent être bons. » dit Quemin. « Nous, nous pensons que si ils ont du succès, ils sont trop commerciaux. Le succès est considéré comme péjoratif. »

 

En même temps, d'autres pays de réflexion pourraient se mettre à jour. La Grande Bretagne, l'Allemagne, les États-Unis surtout sont tellement focalisés sur leur propres énorme production culturelle qu'ils ont tendance à ignorer la France. Guy Walter du centre culturel de la villa Gillet à Lyon, déclare : « Quand je signale un bon roman français récent à un éditeur new-yorkais, on me répond qu'il est « trop frenchy ». Mais les Américains ne lisent pas d'auteurs français, donc ils ne savent pas vraiment. »

 

Ce que ratent ces étrangers dans la culture française est étrangement vivant. Ces films se remplissent d'imagination et deviennent plus accessibles. Regardez juste les films « Taxi » de Luc Besson et Gérard Krawczyk, une série de comédies automobiles à la manière Hong-kongaise, ou bien un travail intelligent et grand public tel que celui de Cédric Klapisch sur « l'Auberge Espagnole » ou comme celui de Jacques Audiard sur « De Battre mon Cœur s'est Arrêté » qui sont deux films à succès diffusés dans le circuit artistique étranger. Les romanciers français se focalisent de plus en plus sur « l'ici et maintenant » : l'un des gros titres de cette rentrée littéraire, « L'Aube, le Soir ou la Nuit » de Yasmina Reza, parle de la récente campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Un autre titre, le « A l'Abri de Rien » d'Olivier Adam, concerne les immigrants du célèbre camp de réfugiés de Sangatte. Les dessinateurs de bande dessinée français influencés par le Japon ont fait de leur pays un leader dans l'un des genres littéraires les plus actuels : le roman graphique. Des chanteurs comme Camille, Benjamin Biolay et Vincent Delerm ont revitalisé la chanson Des artistes Hip-Hop comme MC Solaar originaire du Sénégal, Diam's qui vient de Chypre ou Abd el Malik qui vient du Congo, ont sorti le verlan des rues pour en faire une version plus pointue, plus poétique du rap américain.

 

Là se trouve peut-être le possible retour de la France à une gloire mondiale. Les minorités en colères et ambitieuses du pays s'investissent partout dans la culture. La France est devenue un bazar multi-ethnique d'art , de musique et d'écriture venant des banlieues et des quatre coins du monde non-blanc. Les musiques africaines, asiatiques et latino-américaines se vendent mieux en France que peut-être dans n'importe quel autre pays. Des films venant d'Afghanistan, d'Argentine, de Hongrie et d'autres pays lointains emplissent les cinémas. Des auteurs de toutes nations sont traduits en français et inévitablement, influenceront les prochaines générations d'écrivains français. Malgré tous ses quotas et toutes ses subventions, la France est un paradis pour les connaisseurs de cultures étrangères. « La France a toujours été un pays dans lequel les gens pouvaient venir de n'importe quel pays et immédiatement commencer à peindre ou écrire, en français ou non. » dit Marjane Satrapi, une Iranienne dont le film basé sur la bande dessinée « Persépolis » est la sélection française 2008 pour les oscars dans la catégorie du meilleur film étranger. « La richesse de la culture française est basée sur cette qualité. »

 

Et qu'est-ce qui conserve la grandeur d'une nation si ce n'est l'injection d'une nouvelle énergie en provenance des alentours ? Étendez un peu la définition de culture, et vous trouverez trois domaines dans lesquels la France excelle en absorbant les influences extérieures. D'abord, on peut dire que la France est dominante dans le secteur de la mode, grâce aux antennes pointues de ses créateurs cosmopolites. Ensuite, la cuisine française – construite sur les fondations de la cuisine italienne et, de plus en plus, sur les traditions asiatiques – reste le standard mondial. Enfin, les viticulteurs français utilisent des techniques développée à l'étranger pour conserver leur réputation d'excellence en face de la compétition venue de nouvelles régions productrices de vins. D'ailleurs, beaucoup de vignes françaises furent il y a longtemps greffées sur des pieds résistants aux maladies, provenant principalement des États-Unis. « Nous devons prendre le risque de la mondialisation » dit Guy Walter de la Villa Gillet. « Nous devons accueillir le monde extérieur. »

 

Jean Paul Sartre, le géant des lettres français de l'après-guerre, a écrit en 1946 pour remercier les États-Unis d'avoir influencé la fiction française avec des auteurs tels que Hemingway, Faulkner et d'autres, alors que les américains commençaient seulement à les reconnaître. « Nous devrons vous rendre ces techniques que vous nous avez envoyées, promit-il. Nous devrons vous les renvoyer digérées, intellectualisées, moins efficaces, et moins brutales – consciemment adaptées au goût français. A cause de cet incessant échange, qui fait que des nations redécouvrent dans d'autres nations ce qu'elles avaient inventé et rejeté, peut-être que vous redécouvrirez dans ces nouveaux livres français la jeunesse éternelle de ce vieux Faulkner. »

 

Ainsi le monde découvrira la jeunesse éternelle de la France, une nation dont la longue quête de gloire a peaufiné une fine réputation dans l'art de l'emprunt. Et quand de plus conventionnels esprits de l'establishment culturel français – avançant avec leurs homologues étrangers – arrête de se tourmenter sur le déclin pour applaudir l'effervescence des abords, la France récupérera son titre de puissance culturelle, un pays où chaque saison apporte sa récolte de génies.

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles - Communauté : Journalistes et clubs presse
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 10:52

J'étais à la recherche de ce que les anglophones disaient de la France et de l'Europe en ce moment et je suis tombé sur ce texte qui traite de la sortie du film « Les Hommes Libres » de Ismael Ferroukhi, à propos des musulmans qui ont sauvé des juifs durant la seconde guerre mondiale.

 

Je n'ai fait que traduire cet article, à l'origine publié dans le NY Times du 3 octobre 2011 par Elaine Sciolino. L'initiative tendant à mettre en lumière ces faits trop souvent méconnus et la couverture médiatique de ce film étant menacée par l'arrivée du « Tintin » de Spielberg, j'ai donc effectué une simple traduction de cet article afin de rappeler qu'il a existé une époque durant laquelle l'antagonisme entre juifs et arabes était moins prononcé, et aussi afin de montrer que les américains parlent de cette période.

 

Comment une mosquée parisienne a abrité des juifs durant l'holocauste

 

Elaine Sciolino, 3 octobre 2011, New York Times

 

Les histoires concernant l'holocauste ont été documentées, déformées, clarifiées et passées au filtre de la mémoire. Aujourd'hui de nouvelles histoires continuent d'arriver, parfois pour altérer la grande et incomplète mosaïque de l'histoire de l'holocauste.

  

L'une d'elle, racontée dans un film français sorti la semaine dernière, focalise sur un improbable sauveur de juifs durant l'occupation nazie en France : le recteur de la mosquée de Paris.

  

Les musulmans, semble-t-il, ont sauvé des juifs des nazis.

  

« Les Hommes Libres » nous conte un courage qui n'est pas mentionné dans les livres français. D'après cette histoire, Si Kaddour Benghabrit, le fondateur et recteur de la grande mosquée de Paris, a fourni un refuge et des certificats d'appartenance à la religion musulmane à un petit nombre de juifs pour leur permettre d'échapper aux arrestations et à la déportation.

  

C'était plus simple qu'il n'y paraît. Au début des années 40 la France abritait une large population de nord-africains, incluant des milliers de juifs séfarades. Les juifs parlaient l'arabe et partageaient beaucoup des traditions et des habitudes quotidiennes des arabes. Ni les juifs ni les musulmans ne mangeaient de porc. Les hommes musulmans et juifs étaient tous deux circoncis. Leurs noms étaient souvent très proches les uns des autres.

 

La mosquée, une forteresse carrelée de la taille d'un pâté de maison sur la rive gauche, servait de lieu de prière, bien sûr, mais était aussi une oasis de calme où les visiteurs étaient nourris, habillés et pouvaient se baigner et parler librement en restant dans les jardins.

 

Il était possible pour un juif d'y entrer.

 

« Le film est un événement », dit Benjamin Stora, un éminent historien de l'Afrique du Nord qui est aussi consultant pour le film. « Beaucoup de choses ont été écrites sur la collaboration des musulmans avec les nazis. Mais le fait que les musulmans aient aidé les juifs est un fait trop méconnu. Il existe encore des histoires à écrire et à raconter. »

 

Le film, dirigé par Ismael Ferroukhi, est présenté comme une fiction inspirée de faits réels et construit autour de l'histoire de deux personnages ayant réellement existé (autour d'un trafiquant autodidacte). L'acteur français Michael Lonsdale joue Benghabrit, un leader religieux natif d'Algérie et un habile manipulateur politique qui fait visiter la mosquée aux officiers allemands et à leurs épouses tout en utilisant apparemment ces visites pour aider des juifs.

 

Mahmoud Shalaby, un acteur palestinien vivant en Israël, joue Salim – à l'origine Simon – Hilali, le plus populaire chanteur arabophone de Paris, un juif qui a survécu à l'holocauste en se faisant passer pour un musulman. (Pour rendre son identité crédible, Benghabrit fit graver le nom du grand-père d'Hilali sur une pierre tombale dans le cimetière musulman de la ville de Bobigny dans la banlieue parisienne, d'après la nécrologie française du chanteur. Dans une scène intense du film un soldat allemand tente de prouver que Hilali est juif et l'emmène au cimetière pour clarifier sa religion).

 

La vision historique reste incomplète, car la documentation est brouillonne. Une aide fut accordée aux juifs sans que celle-ci fasse partie d'un quelconque mouvement organisé par la mosquée. Le nombre de juifs en ayant bénéficié est inconnu. La preuve la plus probante, jamais corroborée, fut apportée par Albert Assouline, un juif nord africain qui s'échappa des camps d'un camp allemand de prisonniers. Il clama que plus de 1700 combattants de la résistance – incluant des juifs mais aussi un nombre moins important de musulmans et de chrétiens – ont trouvé refuge dans les sous-sols de la mosquée, et que le recteur a fourni à de nombreux juifs des certificats d'appartenance à la religion musulmane.

 

Dans son livre de 2006, « Parmi les justes », Robert Satloff, le directeur de l'institut de politique du Proche-Orient à Washington, révélait des histoires concernant des arabes qui avaient sauvé des juifs durant l'holocauste, et incluait un chapitre concernant la grande mosquée. Dalil Boubakeur, l'actuel recteur, lui confirmait que des juifs – peut-être plus d'une centaine – reçurent des papier d'identité musulmans de la mosquée, sans en spécifier le nombre exact. Monsieur Boubakeur disait que des musulmans amenaient des juifs de leurs connaissances à la mosquée pour qu'ils reçoivent de l'aide et que l'imam supérieur, qui n'était pas Benghabrit, en était le responsable.

 

Mr Boubakeur a montré à Mr Satloff une copie d'un document du ministère des affaires étrangères datant de 1940, extrait des archives françaises. Il montre que l'occupant soupçonnait le personnel de la mosquée de délivrer de faux papiers musulmans aux juifs. « L'imam fut convoqué, d'une manière menaçante, pour mettre fin à ces pratiques » dit le document.

 

Mr Staloff déclare lors d'un entretien téléphonique : « Quelqu'un doit séparer le mythe des faits. Le nombre de juifs protégés par la mosquée devait approcher quelques douzaines, pas des centaines. Mais il s'agit d'une histoire qui transporte un puissant message politique et qui mérite d'être racontée ».

 

En 1991 un documentaire télévisé intitulé « une résistance oubliée : la mosquée de Paris » de Derri Berkani, et un livre pour enfants intitulé « la grande mosquée de Paris : comment des musulmans ont sauvé des juifs durant l'holocauste », publié en 2007, explore également ces faits.

 

Ce film récent a té tourné dans un palais vide au Maroc, avec l'aide du gouvernement marocain. La mosquée de Paris a refusé de donner une quelconque permission de filmer. « Nous sommes un lieu de culte », a déclaré Mr Boubakeur lors d'une interview. « Il y a des prières cinq fois par jour. Tourner un film serait perturbant. »

 

Benghabrit tomba en disgrâce pour ses camarades musulmans car il s'opposa à l'indépendance algérienne et resta favorable à l'occupation de son pays natal par la France. Il mourut en 1954.

 

Durant leurs recherches pour le film, Mr Ferroukhi et Mr Stora ont appris de nouvelles histoires. Après la première projection une femme leur demande pourquoi le film ne mentionne pas de juifs ashkénazes originaires d'Europe de l'est qui auraient pu être sauvés par la mosquée. Mr Stora explique alors que la mosquée n'est pas intervenue sur le destin des juifs ashkénazes, car ils ne parlaient pas arabe et ne connaissaient pas la culture arabe.

 

Elle me dit : « c'est faux. Ma mère a été sauvée et protégée par un certificat en provenance de la mosquée ».

 

Mercredi, le jour de la sortie du film, des centaines d'étudiants de trois communautés différentes provenant des grandes écoles parisiennes furent invitées pour une projection spéciale et une séance de questions-réponses avec Mr Ferroukhi et ses acteurs.

 

Certains ont posé des questions banales. « Où avez-vous trouvé les vieilles voitures ? » (Dans une agence de location de voitures anciennes). D'autres ont réagi avec curiosité et méfiance, voulant savoir quelle était la part du film basée sur des faits, et comment il était possible que des juifs aient été pris pour des musulmans. Certains furent médusés que les nazis aient persécuté seulement les juifs, et aient laissés les musulmans tranquilles.

 

Ces réactions ont été inclues au film, qui sera distribué aux Pays-Bas, en Suisse et en Belgique. (Les droits pour l'exploitation aux États-Unis ont été vendus également). Le quotidien Le Figaro dit qu'il « reconstitue merveilleusement l'atmosphère de l'époque ». L'hebdomadaire L'Express l'a qualifié de « sortie scolaire idéale, présentant moins d'intérêt pour une séance nocturne ».

 

Cela importe peu pour Mr Ferroukhi. Il a déclaré qu'il avait contacté les ministères de la Culture et de l’Éducation pour que le film soit montré dans les écoles. « Cela rend hommage aux gens de notre histoire qui sont restés dans l'ombre. » a-t-il déclaré. « Cela montre une autre réalité, que les musulmans et les juifs ont pu vivre en paix. Nous devons nous souvenir de ça – avec fierté ».

Par Mathieu Zeugma - Publié dans : Traduction articles
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