La Scribe de Schaarbeek (Chapitre 03)

Publié le par Mathieu Zeugma

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            Je publie petit à petit ce texte en lecture libre, les deux premiers chapitres sont déjà disponibles sur mon blog, mais si cette histoire vous plaît vous pouvez en acheter la version papier à :

 

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Chapitre 03 :

 

 

            À « l'Auberge du Cheval sans Nom » de plus en plus de gens s'entassent...

            La clochette tintante a sonné mon entrée... À l'intérieur vapeurs et fumées s'enchevêtrent et assomment, rendant l'air chaud épais et presque suffoquant tant il contraste avec l'hiver trainant du dehors, celui qui commence tôt dans la saison et qui finit pas empiéter sur le printemps... Ici viennent s'empiler tous les exclus de Babel, qui passent toutes leurs journées à s'anesthésier l'esprit...

            Certains y restent bloqués, jour après jour...

            Des misérables, il y en a partout à l'intérieur...  Vautrés dans tous les coins ou assis à une table, comme étalés partout par une triste misère qui tapisserait l'endroit de ses victimes hagardes...

            Leurs faces sont autant de hurlements silencieux, déformées, figées par une souffrance muette... Le genre de hurlement qui vous laisse comme aphone d'avoir tant appelé le ciel, et comme désespéré de n'avoir pas eu de réponse...

            Tristement ils s'étourdissent de substances, et ils remplissent leurs jours de la destruction de leurs vies... Quand leurs pensées se saccadent comme coupées à coup de hache, alors les absinthes les tabassent en éteignant les regards...

            Au fil des jours se voilent un à un les esprits des pauvres... Pour oublier une vie d'échec, il devient obligatoire de se déconnecter... Je n'y suis jamais resté bien longtemps, mais je sais que je pourrai grossir leurs rang, un jour ou l'autre...

            À l'entrée je suis stoppé net par la densité d'une foule... Dans l'espace confiné une cacophonie résonne... Dans l'espace enfumé les gens veulent se comprendre...

            Chacun dans sa propre langue, car aux environs de la Tour chacun parle une langue différente...

            Les couleurs éclatent devant mes yeux endormis, un tableau multicolore et vivant qui s'agite sous mes yeux... Des verts, des rouges, des jaunes... Tout est tellement varié, dans les tenues, sur les visages... Pourtant aujourd'hui tout me paraît plus sombre, un je-ne-sais-quoi qui plane sur cet ensemble polychrome...

            Comme des ombres rampantes tapies dans tous les coins...

            Je ne suis jamais à l'aise quand il y a trop de monde, obsédé par la présence oppressante de tous ces gens autour... Je parviens néanmoins à atteindre le comptoir, et tombe sur un type que je n'ai jamais vu :

-        Bonjour! Un filtre court, en vingt s'il vous plait...

-        Wat?

            Merde! Un flamand... C'est la langue que je maitrise le moins...

-        Euh... Hallo... Een pakje sigaretten... Alsjeblieft...

            Il fronce les sourcils, prend un air pas commode, puis me tend mon paquet avec l'œil suspicieux...

-        Belge? qu'il me demande avec un fort accent...

-        Euh... Niet... Frans... (euh... Non...Français...)

            Certains flamands ne supportent pas que l'on parle une autre langue que la leur, surtout ici en terrain néerlandophone, et il vaut mieux les éviter comme on évite un problème... Alors laissant là l'irascible me suspectant de francophonie, je m'esquive avec mes clopes vers les tables voisines où il me semble apercevoir quelqu'un...

            La misère semble avoir littéralement explosé dans ce coin d'estaminet, éclaboussant les murs et les tables de ces pauvres qui se tiennent immobiles et le regard perdu dans le vide... Assis à une table ou bien debout appuyés contre les murs, beaucoup sont percés, tatoués ou bien tondus, affirmant visuellement une personnalité différente... C'est ce qui les a poussé ici : ils ont eu le courage d'être eux-même, et dans cette société où tout est normalisé ils s'affirment et ils meurent, écrasés par les normes sociales qui les mettent au rebut et les renvoient vers le fond...

            Et ici, il y a tout ce qu'il faut pour tomber très bas...

            Dans les esprits tournent en boucle ce que les bouches ne disent plus, et certains, les yeux fixes et perdus dans le vague de leur souffrance, restent affalés sur des chaises à longueur de journée, stupéfiants et stupéfiés témoins de leurs inactivités subies...

            À trop souffrir on en oublie même de vivre, et pour eux chaque substance se fait élixir, éteignant pour un temps la conscience des horizons bouchés...

            Je traverse cette assemblée comme on pourrait traverser un désastre, en évitant les fumées et en observant les victimes, pour rejoindre au fond du bar un poivrot véritable qui s'enivre de vinasse... Un peu gringalet, déboutonné et avachi sur sa table, il sirote verre après verre la bouteille posée près de lui... On se ressemble un peu, lui et moi, on nous confond même parfois pour notre maintien d'écroulé notoire, notre attitude abîmée par la vie...

            Une tape sur l'épaule, et il se retourne mollement...

-        Et bin... T'es pas au boulot, toi?... Et en plus t'attaque déjà la bibine à huit heures du matin?... Ta religion te l'interdit pas?...

-        Jon! La vache la gueule que t'as ce matin!... Une fois de plus... T'as fait des folies de ton corps?

-        J'aimerais bien, David... J'aimerais bien...

            Il me sourit bêtement... Les vapeurs de l'alcool l'ont déjà quasiment déconnecté et dans une heure il dormira sur son siège... En attendant il est encore capable de me répondre en mâchouillant ses mots :

-        Non, ma religion elle me l'interdit pas... Moi je suis juif, pas musulman... Alors je bois si je veux...

-        Mais qu'est-ce que t'as à te bourrer la gueule comme ça?

            Il marque un silence, comme si ce qu'il avait à me dire était très un véritable effort qui demandait de prendre un peu d'élan... Je vois son regard se détourner et se perdre dans le vague, comme les types appuyés contre les murs, et sa lèvre tremble un peu quand il me dit enfin :

-        Sans raisons... D'un seul coup, comme ça : en arrivant à la fabrique... Ils m'ont rien dit de plus... Cinq minutes après être arrivé, j'avais mis mes chaussures, convoqué et hop! Dehors!... Merci et au revoir!... Non mais tu te rends compte?... C'est comme ça qu'ils m'ont viré, les hauts responsables de Babel, ces machines à faire du chômeur...

            Quand il a trop bu, David raconte souvent ses histoires en partant des détails... Pointilleux mais dans le vague, évasif mais précis, il faut toujours attendre la fin pour comprendre le début...

            J'essaie de prendre une tête de circonstance, c'est-à-dire un ébahissement inutile, pour lui témoigner du mieux que je peux toute ma désolation impuissante...

-        Putain... Toi aussi?... Mais ils vont arrêter quand de renvoyer tout le monde?...

-        J'en sais rien... Moi ils m'ont viré avec plein d'autres... Ils leur ont rien dit non plus... Déjà que le boulot, il n'en restait pas grand chose, mais là ils nous ont dit qu'ils pouvaient carrément se passer de nous... On savait bien depuis longtemps que ce qu'on faisait ça n'allait nulle part, après ils ont augmenté les cadences de production donc non seulement on allait toujours nulle part mais en plus il fallait y aller en courant, et finalement au bout de plusieurs mois à travailler à toute vitesse ils décident de tout arrêter d'un seul coup!... C'est à devenir dingue, ce monde!... Dingue!... Putain qu'est-ce que je vais devenir, moi maintenant? Maintenant que Babel a tout racheté... C'était pas comme ça, avant... Avant quand on était viré d'un boulot on pouvait en trouver un autre dans l'usine du concurrent... Mais maintenant il n'y a plus de concurrent... Il n'y a plus que l'Héritier...

            Il s'énerve en parlant, et dans ses yeux pleins de frayeur je vois bien que ça lui tient à cœur... À lui aussi, les coups répétés de la vie d'entreprise lui ont sérieusement rectifié l'enthousiasme, alors un sanglot au bord des lèvres le poivrot se fait pipelette, opération « grand déballage »...

-        Avant on avait des métiers... Avant on avait des compétences... Et on aimait travailler parce qu'on était bons pour ça, parce qu'on avait appris à être bons... Et puis petit à petit tout s'est standardisé, au lieu de faire des tâches on ne faisait plus que des gestes, et on laissait des machines réfléchir à notre place... Alors les machines en ont fait plus que nous, et nous on est devenus des machines humaines...

            Immobile sur sa chaise, ses bras vont pourtant de long en large dans l'air vicié du bar... Il me regarde avec des yeux vitreux d'alcoolique, essoufflé par son malheur et presque en transe de son inutilité inquiète, et continue fébrilement à m'exposer son naufrage :

-        Oui, des machines humaines!... Pendant mon dernier poste, je faisais toujours le même geste, et c'était la machine qui me disait ce que je devais faire!... Et plus le contraire!... Tu te rends compte?... Plus le contraire!... C'était la machine qui commandait!...

            Il paraît consterné, et ses mains s'agitent dans le vide en mimant des gestes répétitifs, pendant qu'il continue :

-        Et tout ça pour quoi? Pour fabriquer des cochonneries!... Des trucs qui se cassent dans tes mains dès que tu t'en sers deux fois de suite!... Et jour après jour je devais me crever huit heures pour fabriquer des merdes!...  Mais je suis sûr que c'est fait exprès!... Je suis sûr que c'est l'Héritier qui l'a demandé pour que les gens soient obligés de tout racheter tout le temps, encore et encore, maintenant qu'il n'a plus de concurrence vu que tout appartient à Babel...

            Je le comprends, venant moi-même de la galère du répétitif industriel... Il me fait l'effet de ce que j'aurais pu devenir si j'avais continué dans ce domaine : une épave... Heureusement j'ai bien pris la peine en partant de refermer définitivement les portes derrière moi, de façon à éviter de retrouver un jour l'envie d'y remettre les pieds, au cours peut-être d'une grosse crise d'amnésie...

            Il pleure la perte de son métier et son remplacement par des tâches dévalorisantes... Tant qu'il avait l'esprit occupé et le sentiment d'être bon à quelque chose, il pouvait vivre heureux... Mais maintenant qu'il est conscient de son inutilité, maintenant que Babel l'a jeté plus bas que terre, j'ai peur que plus jamais il ne soit capable de remonter en selle...

            Dissuadé d'essayer, définitivement...

            Le travail dès lors que l'on a pris conscience qu'il n'en restera rien devient une souffrance, quelque chose de douloureusement répétitif, de sisyphien... Et il s'oppose alors au besoin que chacun porte au fond de lui : le désir de construire, et peut-être aussi de transmettre ce que l'on a construit...

            Révolté devant l'injustice récurrente, je m'exclame:

-        Bon dieu!... Un jour il faudra bien faire quelque chose... On va pas continuer à se laisser comprimer comme ça... Un jour ou l'autre ça va mal finir, il va y avoir des révoltes... C'est toujours sur les plus faibles qu'on tape pour qu'ils souffrent encore plus!...

            Il a stoppé ses gesticulations, et il me regarde en serrant doucement son verre... Et les yeux dans le vague il recommence à s'épancher :

-        Oh, je suis pas sûr qu'il n'y ait que les plus petits qui souffrent!... Fallait les voir nos chefs à la fabrique!... J'en ai connu des directeurs de ceci, des responsables de cela, malheureux comme la pierre et cocus jusqu'au trognon!... La peur dans les yeux et la tremblote dans les mains!... Des repoussoirs, des loques humaines rincées par leurs boulots!... Mais bon... Qu'est-ce que tu veux faire?... Te plaindre aux politiques?... Hein?... Les politiques?...

            Il reste un instant silencieux, en arrêt, rêvassant doucement et laissant les vapeurs de l'alcool emboîter les idées dans son crâne embrumé... Et d'un seul coup il s'exclame :

-        Eh bah je vais lui dire moi, au bourgmestre!!!... Je vais lui dire!!!..

            Il a pris une voix bourrue, levant le poing bien haut, et faisant mine de se lever dans un délire de poivrot hystérique... Mais à la table d'à-côté ça ricane déjà de le voir chanceler... Du coup il se rassoit et poursuit son discours bafouillant, tandis qu'à côté de nous les rires s'éteignent peu à peu...

-        Oh et puis à quoi ça sert?... Tu les connais en période d'élection ils te promettent monts et merveilles, à la télé... Et puis dès qu'ils sont élus on en entend plus parler, et alors les pubs pour Babel reviennent à la place des beaux discours... C'est comme ça... On est soit des consommateurs, soit des électeurs, et il y a personne pour nous sauver de ça...

            J'acquiesce :

-        Mouais... Personne... Tous ceux qui ont essayé sont morts et enterrés... L'humanité en a buté tellement, des John Lennon...

            Il continue, parti dans son désespoir :

-        Y a plus rien à faire, plus rien à espérer, on dirait que c'est la fin de tout... Et même d'un certain côté j'espère que c'est la fin de tout, que toutes ces galères vont enfin s'arrêter... Alors du coup je suis venu là, et j'ai commencé à picoler... Pour oublier... Et en plus...

            Il a stoppé net son discours, regardant derrière moi qui se dirige vers nous... Et rapidement une ombre massive nous couvre tous les deux...

            Je me retourne, et une silhouette colossale se dresse devant moi, si près que j'esquisse un mouvement de recul... L'espace d'un bref instant j'ai eu peur d'un impact, car dans l'air enfumé du bar qui me pique les yeux j'ai du mal à distinguer le visage du géant qui s'approche...

            Deux têtes au dessus de moi un large sourire nous lance :

-        Hé! Ça va les filles?

            J'ai reconnu à sa voix le colosse venu à ma rencontre, avec son crâne rasé au crépu gommé, que son épaisse doudoune bibendesque rend encore plus massif... Et David alors lui lance :

-        Et bin... T'es sorti de taule, négro?

-        Ouais... Hier... C'était pas trop tôt... Et m'appelles pas « négro »...

            Effectivement le grand black sort de cabane... Attrapé par la police pour avoir taggé un mur il a pris un mois ferme... Coupable d'avoir lutté contre la grisaille... Inculpé pour tentative de couleur...

-        Lui, il peut pas boire, continue le juif en me montrant le grand noir du doigt... Sa religion lui interdit, à lui...

-        Mais pas de jouer aux jeux de hasard, apparemment, que j'ajoute avec un sourire en voyant les tickets dans sa main... Hein, Bahia?

            Dans la main du grand noir, une poignée de tickets de loterie affiche clairement son vice... L'espace d'un instant, il fait mine de s'offusquer :

-        Je joue, je joue... Mais oui je joue!... Évidemment!... Sinon comment veux-tu que je me sorte de cette vie de chien?... C'est pas ma religion qui va me nourrir!... Et c'est pas vous non plus!...

            Sa tête éclate d'un gros rire, pour que David lui réponde :

-        Même si tu gagnes t'auras pas le temps d'encaisser l'argent, négro... Rigole pas!... Moi je suis sûr que c'est vrai ce qu'on dit, que c'est bientôt la fin du monde, vu comment c'est parti... On va tous crever, j'en suis sûr!... Et c'est pas trop tôt!...

            Le colosse le coupe, pour rigoler de plus belle :

-        Me dit pas que tu crois à ces conneries!... La fin du monde!... Et bah alors dépêche-toi de finir ta bouteille, demain tu pourras plus!...

-        Mais c'est ce que je vais faire... C'est ce que je vais faire...

            Et sur cette promesse approbative, il vida son verre cul-sec d'un vif mouvement du coude...

            Sur ce, le black s'attable et déploie ses tickets... Sur la table crasseuse s'étalent ses rêves d'avenir, tandis que près de lui affalé sur sa chaise son pote juif alcoolique s'imbibe de son passé... Armé d'une piécette, concentré sur sa cible, il se rince la cervelle de promesses étincelantes...

-        Si seulement je pouvais gagner!... J'aurais une de ces baraques!... La plus grande de la ville!...

            Il s'exclame en monologue, comme s'il avait déjà oublié nos présences... Ses yeux s'allument lentement, ses doigts deviennent fébriles, désir de possession qui l'emmène vers demain... Il gratte un par un ses espoirs de bonheur, ticket après ticket il tente de changer de vie...

-        Et une femme de magazine!... De celles qu'on voit sur les panneaux...

            Il se voit richissime, tous ses projets miroitent... Son addiction l'enflamme, elle brille au fond de ses yeux... Et la table se grise des pelures de ses rêves, dévoilant des surfaces qui ne sont que poudre aux yeux...

-        Et plus jamais je travaillerai!... Plus jamais!...

            Le dernier ticket, et soudain se brise le miroir aux alouettes...

            Perdants... Tous perdants...

-        Et merde!...

            Il retombe de son rêve, regarde autour de lui, et reprend peu à peu la conscience du réel...

-        Tu t'es fait baiser, négro! ricane David maintenant vautré sur sa chaise.

-        Toi, ta gueule!... Et arrête de m'appeler « négro », tu sais bien que ça m'énerve...

            Le colosse se désespère et enrage devant les cadavres en papier de ses rêves de richesses :

-        Putain si seulement je pouvais gagner!... Je suis sûr que l'Héritier a truqué ses jeux et qu'en fait il n'y a pas de gagnant... Je suis sûr qu'il le fait pour nous tirer plus d'argent, cette ordure... Je demande quand même pas grand chose : juste gagner une fois, depuis le temps que je joue... Pas forcément le gros lot, mais au moins assez pour changer de bagnole...

-        Si tu gagnais, tout ce que tu ferais c'est jouer encore plus, continue le juif qui marmonne maintenant dans son coin...

            Bahia l'ignore... Il tambourine la table de la paume de ses mains, regardant autour de lui les amas de zombies amorphes... En s'énervant, il continue :

-        Je regardais le compteur, l'autre jour... Et je me disais qu'avec toutes ces bornes j'aurais pu faire plusieurs fois le tour de la Terre... Au lieu de ça je n'ai fait que tourner en rond dans cette putain de ville...

            Le black est dépité, il claque et capitule :

-        Putain j'ai plus qu'à aller bosser... Bon les gars je vais y aller je repasserai peut-être tout à l'heure...

            Je regarde ma montre, là je suis vraiment à la bourre...

-        Merde! Moi aussi... Bon, David, je t'aime bien mais il va falloir que j'y aille... Mes factures m'appellent...

-        Tu vas pas plutôt te recoucher? me lance le grand noir à nouveau rigolard... T'as une de ces têtes encore!...

-        Oui, je dors mal en ce moment... Allez, sur ce : à plus....

            Et sur ce point final, nous stoppons là nos plaintes inutiles, nos indignations stériles envers des problèmes limpides dont les causes restaient plus troubles, et nous abandonnons David qui consciencieusement, désespérément, emplissait à nouveau son verre pour une beuverie solitaire...

            Nous avions des choses à faire, des tâches à accomplir, des rôles à tenir dans une société à la dérive qui nous emmenait malgré nous vers des gouffres que nous n'avions pas choisis... Nous étions des éléments, des rouages, de petits composants obligés qui s'activaient dans l'agitation générale, et sans rien pouvoir modifier aux règles de ces vies dont nous souffrions tous...

            Nous regardions nos vies subies s'écouler vers le néant...

            En spectateurs, uniquement...

 

Publié dans Littérature

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