Le Choc des Mondes

Publié le par Mathieu Zeugma

            Un texte que j’avais publié sur un autre site, pour un petit concours dont le sujet tournait autour du thème de la description d’un requin, en évitant au maximum les clichés concernant cet animal. J’avais essayé de créer une espèce de rencontre entre la belle et la bête.

            Le texte était :

 

 

 

Ce que je vois ne peut être qu'un rêve... Encore une fois...

 

Oui c'est ça, je dois sûrement rêver... Je m'en doute à l'immobilité du requin... Personne n'a jamais vu un requin immobile... Jamais... C'est impossible... 

 

Ça ne s'arrête pas un requin... Ça avance. Ça attaque. Ça déchiquete... Ça dévore sa proie rapidement et ça reprend sa route pour en trouver une nouvelle... C'est taillé pour tuer, et pour dominer...

 

Ça ne dort pas non plus... Ses yeux ne clignent pas, et jamais son regard ne quitte son adversaire...  Au cœur des profondeurs c'est lui qui règne en maître... Chaque poisson le sait : un objectif verrouillé est un objectif mort...

 

Sa musculature doit travailler en permanence... Un corps massif taillé pour fendre l'eau, sans un bruit... Une mâchoire puissante, armée d'une dentition tranchante comme un rasoir... Et une cuirasse épaisse qui le prive de tout prédateur...

 

Tout en lui est optimisé, rien n'est superflu... Une machine de guerre, un chef d'oeuvre de la nature... Le résultat d'une ère d'évolution... L'ultime produit de la sélection naturelle, ou règne la loi du plus fort...

 

Un guerrier... La perfection marine...

 

Il ne connaît qu'un ennemi: l'être humain... L'homme, le pécheur... Le seul capable de transpercer sa cuirasse de sa lance meurtrière... Ce guerrier terrestre seul capable de le terrasser, de remettre en cause sa suprématie aquatique...

 

Et pourtant, il s'est figé... Il observe... Il attend... Dans le silence du fond l'éclat du soleil s'étiole et se fait tamisé, reflétant uniquement le reflet d'une chevelure... Une auréole blonde qui ondule sous le faible courant, encadrant un visage au regard couleur d'azur...

 

Et alors il s'est arrêté... Il a stoppé son avancée pour la première fois de sa vie... Car ce qu'il avait pris de loin pour le reflet d'un poisson le dévore maintenant d'une lumière inédite...

 

Son regard a la couleur du ciel, la couleur de l'autre monde... La couleur de cette étendue mystérieuse qu'il voit à travers la surface mais qui lui est interdite... Il a la couleur de là-haut... Peut-être du paradis... Ou de l'enfer de l'homme...

 

Pour lui, elle est tombée du ciel...

 

Elle ressemble à un  humain, cet être hurlant, armé et barbu qu'il a vu tuer tant de monde avec son navire de fureur et de pollution... Mais elle est différente... Plus affinée, un peu comme lui finalement... Il retrouve dans la courbe de son corps la même fluidité que la nature a mise dans la sienne...

 

Elle est la perfection terrestre...

 

Il est loin sous la surface, loin de toute forme de vie... Il fallait au moins aller là pour la trouver... Car il n'y a que dans la profondeur abyssale que l'idéal du monde marin peut rencontrer celui du monde terrestre... 

 

Et c'est le monde qui pour lui tremble sous le choc...

 

Il a croisé la perfection, il en est resté pétrifié... Il a trouvé son égal... Telle une Méduse aquatique elle l'a figé d'un regard... Talon d'Achille, elle a trouvé la faille... Sans le vouloir, dans l'innocence de la femme trop belle pour exister...

 

Sa cuirasse, sa mâchoire et sa musculature... Cela ne lui sert plus à rien... Pour la première fois il ressent quelque chose... Une notion vague... Une idée de sirène, de muse, de sylphide... Il n'a pas de mot... Son ignorance lui pèse...

 

Un requin, ça ne reste pas immobile, sinon ça meurt faute de pouvoir respirer... Et déjà il sent l'oxygène lui manquer, et son regard se trouble de ne pouvoir cligner... Il ne distingue plus aussi nettement la lueur qu'il a vue au fond du regard couleur du ciel... La lueur de la peur, celle d'être dévorée...

 

Après elle, il n'a plus rien à voir dans ce monde... Il étouffe lentement... Il sent la torpeur l'envahir... Et c'est bientôt la fin...

 

Il est venu là pour mourir...

 

Peut-être que moi aussi...

 

Publié dans Littérature

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