Michel Onfray et la mauvaise odeur des journalistes

Publié le par Mathieu Zeugma

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Après avoir publié son « Traité d'Athéologie », qui connut un très gros succès en librairie pour sa critique des trois grands monothéismes mondiaux, Michel Onfray se vit décerner en 2006 le titre de « prêtre honoraire » par l'opportuniste Raël qui vit là une belle occasion de faire un coup de pub pour sa secte.

 

Mais Raël n'est pas le sujet qui m'intéresse, c'est plutôt le traitement médiatique de l'affaire qui vient en corollaire de mon autre article « l'information en France ? Tu la répètes ou tu la quittes... » qui a attiré mon attention car il semblerait qu'après avoir ouvertement et par écrit critiqué les conséquences du christianisme, du judaïsme et de l'Islam Michel Onfray soit la cible d'un lynchage médiatique de la part d'une presse avide d'audimat.

 

Est-ce là une manifestation de la ligne éditoriale actuellement suivie à la lettre par le journalisme français ? Est-ce là la punition en France lorsqu'on critique trop ouvertement les religions ? En tout cas les journalistes semblent un peu revanchards dans leur traitement de l'annonce raëlienne...

 

Pour ma part j'avais lu à l'époque son « Traité d'Athéologie », et j'avais trouvé que malgré un côté un peu trop « réquisitoire » contre les religions (les monothéismes ont aussi eu de bénéfiques conséquences sur le développement de l'humanité, heureusement) le livre de Michel Onfray avait l'avantage de regrouper et de synthétiser les travers historiques de leurs utilisations. Car le problème à mon sens lorsqu'on examine l'Histoire n'est pas vraiment dans les religions en elles-même mais beaucoup plus dans leur interprétation et dans l'utilisation qui en a été faite pour justifier, entre autre, l'esclavage et les croisades.

 

En réponse aux articles pondus par les journalistes sur sa nomination raëlienne, Michel Onfray écrit la lettre suivante :

 

 

Raël, crétin sidéral ou la mauvaise odeur des journalistes

 

 

Le plus étrange n'est pas que Raël saisisse l'opportunité de la vague médiatique induite par les 220.000 exemplaires vendus du « Traité d'Athéologie » ou le succès de l’Université Populaire de Caen pour déclarer de Miami qu'il me nomme « prêtre honoraire » de sa tribu de demeurés mais bien plutôt que chaque désir de ce crétin soit amplifié par la presse qui se précipite pour lui tendre micros, caméras, porte voix et occasion de caisse de résonance à ses propos d'abruti. Que cet allumé croie aux soucoupes volantes, au clonage de science fiction, aux partouzes mystiques, qu'arborant son crottin capillaire et sa tenue de cosmonaute comme un viatique, il s'appuie sur le génie sans fond de Michel Houellebecq, consentant – pas pour le génie, mais pour le compagnonnage -, rien de très étonnant. Mais que les journalistes lui déroulent le tapis rouge, installent sa tribune et portent ses valises voilà qui m'inquiète plus...

 

« Le Monde » ouvre le bal : normal, depuis un an ils torpillent ce que je suis, ce que je fais, ce que j'écris. En un peu plus de douze mois un compte-rendu venimeux, un portrait fétide, un dossier à charge, un autre compte-rendu cette fois-ci non plus venimeux mais franchement diffamant (par un plumitif bien connu pour, entre deux ménages, trois renvois d'ascenseur, un copinage utile à sa carrière, défend l'idée que « boire en pissant » constitue une réelle expérience philosophique ! Bien. Mais cela ne suffit pas, alors ce journal coiffe les autres et arrive premeir dans l'annonce de l'information : « Michel Onfray raëlien d'honneur malgré lui ». Et si c'était « Le Monde » qui, en se précipitant pour donner un écho aux sottises de Vorilhon, se faisait raëlien malgré lui ? Car ce demeuré dispose pour seul crédit de celui que lui accordent les médias.

 

Les journalistes, excellant dans la juridiction d'exception, ne supportent pas qu'on leur fasse remarquer qu'on les aime s'ils informent, mais moins quand ils désinforment. Par exemple, quand Raël annonce à tous les gogos à caméras et à micro, peu de temps après le séquençage du génome humain, que sa tribu de crétins à réussi le clonage d'un enfant, on lui ouvre la canal médiatique planétaire : une de journaux, pages entières de quotidiens, dossiers des magazines, compte-rendus, journal de 20 heures avec une communicante peroxydée sur le retour d'âge pérorant sans contradicteur scientifique. Tapis rouge pour les extravagances raëliennes... Plus tard, on constate qu'il en va d'un coup de pub et que les nigauds interplanétaires grugent les journalistes. Où est l'autocritique ? Nulle part. On l'attend encore...

 

« Europe 1 », le service culturel de France Inter – qui m'ignore depuis au moins une dizaine d'années... -, Farnce 3 Normandie – fort discrète avec la centaine de conférences annuelles de l'Université Populaire depuis 2002, mais prompte à tourner un sujet avec le premier hystérique détracteur de l'Up qui enfile les contrevérités... -, tous laissent des messages sur mes téléphones, abreuvent mon éditeur de coups de fil, veulent tout de suite me joindre et attendent ma réaction. L'un à qui je refuse de tomber dans le piège tendu par Raël me reproche de ne pas « jouer le jeu démocratique » ! Singulière conception du jeu démocratique : l'un vous insulte, la presse nationale relaye l'insulte, elle vous demande ce que vous en pensez, et voilà un traitement équitable : une minute pour l'insulteur, une pour l'insulté, un partout. Embrassons-nous Folleville.. Reste le crachat sur le visage.

 

Jadis Ouest-France – Ouest Eclair sous Pétain -, caviarde un texte explicitement demanda par ses services lors du référendum sur l'Europe. Je défends le Non. Le journal le Oui. Une note anonyme ajoutée à mon texte laisse croire que je m'oppose à la liberté de conscience, de religion et d'expression. Quand le jour même je demande une explication au directeur politique de Rennes, il me raccroche au nez après m'avoir insulté... Je fais face à une série de mails dans la journée de lecteurs s'inquiétant de mon attaque contre la liberté de conscience et d'expression... Un démenti ? Jamais. Un correctif ? Pas plus. Je l'ai demandé, mais jamais obtenu.

 

Le m^me journal reprend l'information donnée par Raël dans ses pages nationales sans m'avoir insulté et, perfidement, signale que le « Traité d'Athéologie » sert souvent de références au mouvement raëlien. Ah oui ? Quand ? Où ? Avec quelles thèses ? Le quotidien régional, catholique, pro-européen, de droite, n'a pas aimé le « Traité ». Dès lors, pour rajouter une couche rien de tel que de laisser croire à la comptabilité possible de mes thèses avec celles du maître à penser de Houellebecq. Difficile l'amour du prochain dans le camp papiste !

 

Faut-il préciser que je ne crois pas aux soucoupes volantes ? Et que le fait de ne jamais avoir écrit contre cette stupidité dans aucun de mes trente livres ne saurait faire de moi un adepte des voyages interstellaires ? Puis montrer que le transport entre planètes est la condition sine qua non du salut chez les demeurés vorilhonesques. Faut-il demander qu'on lise « Féeries anatomiques » pour constater que j'ai montré que le clonage reproductif ne générait pas de l'Autre mais du Même et que, conséquemment, il ne présentait aucun intérêt ? Et enfoncer le clou en signalant que Raël, lui, ne croit au salut que par le clonage ? Faut-il inviter à lire le « Traité d'Athéologie » pour constater que j'y écris qu'une secte, c'est une religion qui n'a pas réussi et que, dans ce livre, je ne sauve aucune religion. Faut-il inviter à lire « Politique du Rebelle » pour constater que j'y développe sur plus de trois cent pages l'idée de Nietzsche qu'« il m'est odieux de suivre autant que de guider » et qu'on imagine mal une secte fonctionner sans gourou guideur et sans gogos guidés ?

 

L'idée même d'avoir à se justifier me dégoûte. Mais elle est moins du fait de ce pauvre type et des acéphales qui le suivent – Houellebecq compris – que des journalistes complaisants qui accompagnent les moindres faits et gestes de ce malade mental qui, malgré son délire, manifeste une sagacité bien plus grande que le gratte-papier sur le fonctionnement de la mécanique médiatique. Si les médias ne servaient pas de porte-voix, il ne serait qu'un abruti dans l'ombre – comme il en existe des dizaines de milliers. Ce type est nauséabond, mais plus puants encore ceux qui colportent les immondices qu'il charrie. S'il existe des « prêtres honoraires » à la secte, nul doute qu'on peut proposer des noms de journalistes et des supports qui les appointent...

 

Michel Onfray

Jeudi 16 Mars 2006

Argentan 21h00

Publié dans Michel Onfray

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