Quand Time Magazine parlait de « Nouvel Ordre » et de l’aube d’une « nouvelle ère »

Publié le par Mathieu Zeugma

            Le Time a publié cet article le 22 Août 2011, durant les émeutes qui secouaient  l‘Angleterre. Il est surprenant à bien des égards car le journaliste y parle d’un nouvel ordre et d’un ancien ordre mondial, reprenant alors des termes qui sont caractéristiques en France de l’alter mondialisme et donc bannis des grands journaux.

            On y retrouve les conséquences d’une mondialisation qui, par la dégradation de la note souveraine des Etats-Unis semble provoquer des émeutes dans toute l’Angleterre, suscitant l’étonnement de l’auteur.

            On y retrouve aussi les prémices de la crise actuelle, et la prédiction de la chute des pays européens, comme des dominos, dans le gouffre d’instabilité égoïste qu’est devenu l’Europe.

            C’est selon les termes de l’article « une nouvelle ère », faite d’austérité et de privations pour les populations, ère dans laquelle elle devront s’habituer à se priver de service public, et à faire face à des salaires stagnants et à un chômage fort.

 

            L’article original se trouve à l’adresse :

 

http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,2088040,00.html

 

La Fin de L’Europe

(The End Of Europe)

 

par Rana Foroohar, le 22 Août 2011

 

 

            La Grande-Bretagne est en flamme. Aussi étrange que cela puisse paraître. Après tout, les nouvelles économiques catastrophiques de ces derniers jours, y compris le hautement controversé déclassement de la dette américaine par Standard & Poor, la bourgeonnante crise de l’euro sur l’Europe continentale et les turbulences du marché qui les ont suivi tous les deux ont été fabriquées à New York, Bruxelles et Berlin, et non pas dans les rues du nord de Londres. Mais si vous y regardez de plus près, tout cela a du sens. La Grande-Bretagne, comme les États-Unis, a été un centre de création à la fois d’une grande richesse et d’un fossé grandissant concernant sa répartition  au cours des 20 dernières années, grâce à la hausse et, plus récemment, à la chute des marchés et la croissance économique mondiale.

 

Maintenant, le Royaume-Uni partage la souffrance du reste de l'Europe - à savoir, les coupes budgétaires profondes qui blessent le plus les populations vulnérables. Comme les programmes jeunesse, les subventions d'éducation et des allocations de logement sont réorientés par un état désespéré qui essaie de sortir de l’écrasement de sa dette souveraine, il est clair que voilà pourquoi les populations les plus pauvres de la nation européenne qui présente les disparités économiques les plus importantes sont descendus dans les rues.


            La seule chose surprenante est que ce ne soit pas arrivé plus tôt. Depuis le début de la crise financière et son ralentissement économique associé, nous savions que l'ordre mondial été en train de changer profondément. Mais nous avons seulement voulu souhaiter sa disparition en parlant de problèmes temporaires et de récessions cycliques. Nous avons mis au point toutes les excuses possibles, des tsunamis à un manque de certitude sur les marchés, pour expliquer pourquoi les économies des pays riches ne rebondissaient pas.

 

Mais ces deux dernières semaines de sombres nouvelles économiques ont rendu la nouvelle réalité impossible à ignorer : l'Occident - et d’abord l'Europe - est en grave difficulté. Ce n'est pas un problème passager, mais une crise de l’ancien ordre, une phrase utilisée jadis par l'historien Arthur Schlesinger Jr. pour décrire les échecs du capitalisme dans les années 1920. C'est une crise qui secoue non seulement les marchés, les emplois et les perspectives de croissance nationale mais une idéologie entière concernant le fonctionnement du monde - dans ce cas, l'hypothèse d’une vie qui s’améliore et de possibilités meilleures pour chaque génération successive à l’Ouest.

 

Aussi mauvaises que les choses puissent paraître aux Etats-Unis, le centre de la crise qui couve est en Europe. La volatilité des marchés continentaux et des manifestations de colère en provenance d'Athènes jusqu’à Madrid sont des manifestations de la ruée désespérée de la part des politiciens européens pour contenir la crise de la dette de la zone euro qui menace de pulvériser la monnaie unique et de déstabiliser la région. L'Union Européenne et la zone euro étaient censées apporter la stabilité économique et éliminer les obstacles traditionnels au développement, tels que les tarifs et les règlements. Au lieu de cela, c'est devenu une union égoïste dans laquelle les économies défaillantes nourrissent la montée du nationalisme, l'angoisse concernant l'immigration et la méfiance des pays riches envers les moins riches. "L'Europe est au centre des problèmes financiers mondiaux", écrit Michael Hartnett, stratège des actions mondiales de la Bank of America Merrill Lynch, dans une récente note aux investisseurs. «Ces problèmes ont été exacerbés par l'incapacité, ou la réticence, des dirigeants... pour répondre aux problèmes concernant la dette."

 

Pourquoi l'euro est le problème de tous

 

Alors que la crise pourrait sembler être le problème de l'Europe, si elle aboutit à un éclatement de la zone euro ou même à une série de renflouements coûteux elle résonnera de Pékin à Boston et reviendra comme un boomerang. L'Europe est le premier partenaire commercial des États-Unis et de la Chine. C'est l’abri de l’une des plus grandes zones du monde de riches consommateurs. Si ils cessent d'acheter notre matériel, tout le monde souffrira. En attendant, une dépréciation spectaculaire de l'euro ou une dissolution de l'union rendrait les nations de l'Asie et d’Amérique latine qui détiennent des euros comme monnaie de réserve beaucoup plus faibles. Même le simple effort de contenir la crise avec une politique monétaire plus souple de chaque côté de l'Atlantique créerait un risque d'inflation et de l'argent toxique pourrait punir les marchés émergents, comme l’a averti Jim O’Neill, un économiste de Goldman Sachs.

 

Les soucis doivent maintenant occuper nos têtes. Les coûts d'emprunt pour les économies les plus faibles d'Europe, comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie, se sont envolés mais n’ont été que de faibles mesures pour stabiliser les marchés dont les investisseurs sont devenus soudain méfiants, pensants que le centre européen ne va pas tenir et que les pays riches comme l'Allemagne ne sont pas en osmose avec l'union monétaire. C'est pourquoi les écarts concernant les obligations se creusent, les stocks européens sont renforcés et la Banque centrale européenne tente désespérément de calmer les marchés en rachetant la dette des pays les plus faibles ».

 

Tout cela aurait pu arriver il y a six mois ou trois mois ou même dans trois mois à partir de maintenant. Mais la crise a explosé la semaine dernière à cause des nouvelles concernant la croissance lente des Etats-Unis. Aussi improbable que cela puisse paraître, «Les plans européens A, B et C visaient à dépasser le problème de la dette par le biais de la normalisation de la situation économique aux Etats-Unis », explique l'économiste de Harvard Kenneth Rogoff. «Quand ils ont vu que les chiffres de la croissance américaine étaient beaucoup plus faibles que prévu, il est devenu clair que le monde n'allait pas se normaliser. Et ils ont paniqué."

 

Alors que les économistes misaient sur une croissance de 4% aux Etats-Unis plus tôt cette année, des chiffres publiés ces derniers jours montrent que l'économie américaine a progressé d'un maigre 1,3% au deuxième trimestre de cette année, après un premier trimestre anémique de 0,4%. Avec une croissance comme ça, on ne peut même pas se sortir de nos 9% de chômage supplémentaire, ici, alors n’espérez pas sauver le monde. La tant redoutée valeur de 2%, qui est maintenant la prévision de consensus pour la croissance américaine cette année, est devenue une réalité. Nous ne sommes plus le contrepoids économique de l'Europe. Nous sommes l'Europe.

 

Selon Rogoff, le prééminent prédicteur de la crise, qui a écrit un historique de la dette souveraine intitulé « Cette fois c'est différent: huit siècles des folies financières » avec l'économiste Carmen Reinhart en 2009, l'Europe et les Etats-Unis ne sont pas dans une récession typique ou même une réplique de la Grande Récession. Ce problème pourrait finalement être corrigé avec la bonne combinaison d'outils politiques classiques comme l'assouplissement quantitatif et les renflouements massifs. Là plutôt, l'Occident passe par quelque chose de beaucoup plus profond: une seconde « grande contraction » de croissance, la première étant la période après la Grande Dépression. Il s'agit d'une lente - ou sans croissance – valse qui ne se joue pas au fil des mois mais au fil de nombreuses années. C'est ce qui arrive après les profondes crises financières qui nécessitent des sauvetages par les Etats aux abois, et qui sont ensuite laissé avec peu de ressources et d'outils pour faire face à une stagnation, un environnement de chômage élevé en proie à une politique populiste, une instabilité sociale et des violences du type de celles que nous avons commencé à voir dans les rues d'Athènes et de Londres.

 

C'est une époque très différente de la période historique exceptionnelle de la rapide croissance mondiale de 1991 à 2008, la période durant laquelle l'Union européenne, l'euro et le rêve d'une plus grande intégration européenne sont nés. Le pivot de cet âge d'optimisme a été, bien sûr, les Etats-Unis. Il a aidé à reconstruire l'Europe après la Seconde Guerre mondiale et renversé son principal concurrent idéologique, l'Union soviétique. Le dollar et la dette du gouvernement américain, soutenus par la démocratie américaine bien huilée et de fortes perspectives de croissance, sont restés le plus grand, le plus fluide et (apparemment) le plus sûr des investissements de la planète. C'est dans cet environnement, dans lequel tous les bateaux hissaient les voiles, que l'euro a commencé à gagner en force.

 

Inutile de dire que l'image globale a changé. C'est une mesure non seulement de la forte influence de la position particulière de l'Amérique dans l'économie mondiale mais aussi d’à quel point les choses sont mauvaises en Europe, et partout ailleurs il n'y a pas eu une ruée pour se débarrasser des bons du Trésor américains. Après la dégradation de S & P, attribué à notre croissance plus lente et à notre dette au plafond bidouillé, les investisseurs se sont précipités sur les bons du Trésor alors que le marché se protégeait. La Chine, le plus grand détenteur étranger de bons du Trésor, a émis un avertissement sévère aux Etats-Unis lui intimant de «guérir de son addiction à la dette ». Mais les banquiers centraux de Pékin n’enfoncent pas pour autant les portes de Francfort pour convertir leurs avoirs en dollars en euros. L'euro étant la seule alternative viable au dollar comme monnaie de réserve mondiale. La livre sterling c’est de l'histoire ancienne, et les monnaies des marchés émergents sont encore trop faibles, volatiles et contrôlées. Et tandis que beaucoup d'investisseurs fuient vers l’or, le marché mondial de l'or n'est pas assez grand pour accueillir la diversification sérieuse du dollar, sans inflation massive et basé sur l’or. Les prix sont déjà à des niveaux record.

 

On ne sait pas à ce stade si l'euro va même survivre à la crise de la dette qui a englouti l'Europe, hypothèse qui serait à bien des égards pire que celle que nous vivons aux Etats-Unis. Superficiellement, le tableau ne semble pas si sombre. Après tout, la moyenne des déficits de la zone euro le déficit n'est que de 6% du PIB, contre 10,6% aux Etats-Unis et en Europe le ratio de la dette comparé au PIB n’a pas une augmentation aussi rapide que celui des Etats-Unis. La différence, c’est que les Etats-Unis ont un taux d'emprunt favorable de leur côté, tandis que l'Europe n'en a pas. En outre, les Etats-Unis peuvent s'attaquer à leurs problèmes budgétaires si ils trouvent la volonté de s'élever au-dessus des politiques partisanes. De son côté la politique de l'Union Européenne - et en particulier à cause de son manque de politique globale réelle – ne peut réellement s'attaquer à la racine de la crise de l’euro.

 

C'est parce que la zone euro est essentiellement une union égoïste. Les Européens veulent profiter économiquement de leur proximité les uns aux autres et veulent à tout prix éviter des guerres coûteuses et destructrices – qu’elles soient commerciales ou armées - avec leurs voisins. Au-delà de ça, beaucoup de leurs agendas politiques, culturels et sociaux divergent. À chaque étape du développement de l'Europe moderne, depuis la création de l'Union européenne à l'introduction de l'euro, il a toujours été difficile d'obtenir des nations l’acceptation d’une plus grande intégration politique, ce qui n'est guère surprenant compte tenu de l’hétérogénéité de l'Europe. C'est pourquoi en 2005 les électeurs ont rejeté la constitution européenne qui aurait obligé les Etats membres à céder beaucoup plus de pouvoirs à l'UE.

 

Le « Continent Casino »

 

Le résultat est une union monétaire qui peut parfois ressembler à un casino. L'existence d'une Banque centrale européenne (BCE) signifie que les pays comme la Grèce, la Belgique et l'Irlande sont libres d'emprunter auprès de la fenêtre de crédit et de s'endetter davantage que ce qu'ils peuvent rembourser. Mais le fait qu'il n'y ait pas de contrôle politique centralisé ou de responsabilisation signifie que des pays membres plus prudents comme l'Allemagne n'ont aucun moyen d'arrêter les États plus faibles de saper la viabilité de leur monnaie commune.

 

Bien sûr, il n’y a aussi personne non plus pour dire à l'Allemagne qu'elle ne devrait pas laisser ses banques d'Etat faire levier à 50 contre 1 sur des actifs indésirables. L'hypocrisie de tout cela est démontré par le fait que presque tous les pays de la zone euro ont bafoué la règle économique de base qui fixait la limite annuelle des déficits budgétaires annuels à 3% et le ratio de la dette envers le PIB à 60%, et ce pour tous ses membres. «Nous avons créé le pacte de stabilité comme un ensemble de règles pour l'euro. Mais il est devenu un pacte de tricheurs et de menteurs», affirme Jean Arthuis, un politicien centriste qui est aussi chef de la commission des finances à la Chambre haute du Parlement de la France.

 

Les sceptiques des débuts de la zone euro ont toujours cru que la Grèce ou d'autres nations faibles tricheraient à propos de leur dette. Le résultat est aujourd'hui un continent - et une monnaie commune - qui est fragile, nécessitant peut-être des milliards d’injections de capitaux de la part de la France et de l'Allemagne, en premier, dans un fonds de secours pour éviter l'effondrement de l'euro.

 

Même dans les bons moments, il n'est jamais facile d'équilibrer les besoins budgétaires d'un exportateur à coût élevé comme l'Allemagne avec ceux des économies de services bon marché et sympathique comme la Grèce, l'Espagne et le Portugal. Dans les mauvais moments, c'est impossible. Les pays pauvres périphériques de l'Europe avaient l’habitude de dévaluer leurs monnaies propres pour maintenir la compétitivité mondiale. Maintenant intégrés dans la zone euro, avec la disparition de cette possibilité, ils ont deux choix. Ils peuvent faire des réformes structurelles douloureuses qui sont impopulaires auprès des électeurs, y compris amputer les programmes sociaux, réformer les impôts, les retraites et accroître la compétitivité en travaillant dur et plus longtemps (en commençant par les politiciens qui actuellement bronzent tandis que l'euro s'effondre). Ou ils peuvent emprunter auprès de la BCE et espérer voir grandir l’espoir de sortir de l’ornière. Il est évident en examinant la dette des nations européennes de constater quelle  route a été choisie. «L'Europe est sur le point de sauter», explique M. Rogoff. «Il n'est plus question de rester immobile ... Ils vont avoir à réparer les choses dans leurs pays."

 

Ce n’est pas si facile sur un continent avec une monnaie et un système monétaire soutenu par de multiples systèmes politiques, économiques et concerné par de multiples priorités budgétaires. Il faut comprendre que renflouer la zone euro est beaucoup plus difficile que de trouver comment renflouer le système financier américain, bien qu’alimenter le problème en argent soit une certitude. Pour commencer, il n'y a aucune institution ou personnalité, comme l'ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson, qui peut mobiliser les troupes et mettre sur pied un programme comme TARP pour les pays endettés. Le chef de la BCE, Jean-Claude Trichet, a tenté de jouer ce rôle, en achetant pour des milliards d'euros de chancelantes obligations italiennes et espagnoles. Mais alors même que les deux dirigeants les plus importants en Europe, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy, ont été lui taper dans le dos pour ses efforts, ils ont également été réticents à vouloir donner plus d'argent pour le fond de sauvetage de la zone euro qui a été mis en place pour faire face aux crises comme celle-ci.

 

Le message est clair: les deux nations les plus fortes de la zone euro n'ont pas encore suffisamment d'estomac pour s'engager à sauver la monnaie commune. Les marchés, qui détestent l'incertitude, ont mal réagi parce que les investisseurs savent que les efforts de la BCE ne sont qu’une aide d’urgence. La banque centrale n'a tout simplement pas la puissance de feu pour endiguer la crise.

 

Comment s'éjecter l'Europe

 

Il y a une voie de sortie. L'Allemagne, l'une des économies les plus solides et solvable non seulement en Europe mais aussi dans le monde développé, pourrait intervenir et sauver momentanément la situation actuelle en faisant un effort pour garantir toutes les dettes espagnoles et italiennes tout comme la dette des grandes banques européennes. Cela calmerait les marchés. Mais ce serait extrêmement coûteux, et aussi politiquement controversé. Après tout, pourquoi les prudents allemands - qui ont une prospérité économique en vue – devraient sauver un tas de dépensiers Grecs et Italiens? C'est difficile à vendre politiquement, comme en témoigne un sondage de juin montrant que 71% des Allemands ont désormais peu confiance dans l'euro, contre 46% en 2008.

 

La réalité c’est que les Allemands sont en difficulté, quel que soit leur choix. Les eurosceptiques prétendent que l'Europe seraient bien mieux lotie économiquement sans la monnaie commune - les Allemands jouiraient des privilèges d'un deutsche mark fort, et la Grèce pourrait dévaluer la drachme suffisamment pour que ses hôtels soient pleins à nouveau de touristes allemands pleins de coups de soleil. Mais si l'euro décline, la plupart des experts croient qu'il y aurait alors comme l’a dit l'économiste en chef de HSBC Stephen King "un chaos financier non contrôlé ». La flambée des coûts d'emprunt pour beaucoup de pays d’Europe à croissance lente ou fortement endettés se traduirait par une récession, voire une dépression qui ne laisserait pas l'Allemagne indemne. Après tout, environ 40% des exportations allemandes restent en Europe. En attendant, les concurrents comme l'Italie (qui a un secteur manufacturier fort) pourrait grignoter la suprématie économique de l'Allemagne en proposant des prix inférieurs grâce à leur monnaie fortement dévaluée.

 

Renflouer l'Europe représenterait un coût énorme tant économique que politique. En supposant que cela devienne politiquement acceptable, l'Allemagne aurait besoin d'être en mesure de s'assurer que le Portugal, l'Italie, la Grèce et l'Espagne - et tout autre «PIGS» européen – aient assaini leurs situations. Et cela exigerait alors une véritable union politique en Europe, dans laquelle Bruxelles, la capitale de l'euros, et peut-être à un degré disproportionné Berlin auraient le contrôle des cordons de la bourse et des politiques budgétaires de la zone euro.

 

            Aussi difficile et politiquement improbable que cela puisse paraître, des experts comme M. Rogoff, ainsi que de nombreux politiciens et économistes en Europe, croient que cela va arriver, et peut-être très bientôt. Mais ce ne serait que le début du travail acharné. Fixer la crise de l'ordre ancien nécessiterait des réformes sérieuses de l’ensemble du marché sclérosé du travail en Europe, dont le secteur financier reste vulnérable. (Les banques américaines, malgré leurs difficultés, sont beaucoup mieux dirigées et capitalisées que celles de l'Europe.) Plus important encore, il faudra des mesures d'austérité douloureuses et profondément impopulaire qui pourraient conduire à plus de violence parmi les populations qui luttent déjà pour faire face à la récession.

 

Des émeutes comme celles que nous avons vues à Londres et à Athènes sont juste un effet corollaire de la nouvelle ère d'austérité qui commence. Les politiques populistes en sont une autre. Tout comme le ralentissement économique aux États-Unis a contribué à alimenter le Tea Party, la crise de la dette en Europe alimente une résurgence de la polarisation, de la politique de droite incarnée par des figures comme Marine Le Pen en France. La xénophobie et les sentiments anti-immigrés sont monnaie courante, et ce fait a été dramatiquement illustré par des fusillades de masse dans un camp de jeunes norvégiens en Juillet. Même dans la vie politique, il y a le sentiment que l'unité est impossible. Durant ces derniers mois, Sarkozy, Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron ont tous parlé de la fin du rêve européen du multiculturalisme.

 

La tourmente est un présage pour les Etats-Unis. Nous sont finalement confrontés au même problème que la vieille Europe : comment prendre de l’ampleur au milieu d'un ralentissement continu lorsque le secteur public ne peut pas ou ne veut pas dépenser plus pour relancer l'économie. Il est clair que nous avons encore beaucoup de travail à faire avant que le problème ne soit résolu.

 

En attendant, l'Europe et les États-Unis continueront de lutter contre la crise de l'ordre ancien. Les populations devront s’accommoder de ne plus pouvoir s'offrir les services publics qu'ils veulent. Les investisseurs auront à faire face à un monde dans lequel les actifs AAA ne seront plus ce qu'ils étaient. Les entreprises devront faire face à la stagnation de la demande, et les travailleurs devront faire face à des salaires figés et à un chômage élevé. Tout cela aura lieu à un moment qui à bien des égards sera l'opposé des deux décennies optimistes qui ont précédé la crise financière. Pensez aux années 1970, sans inflation (mais il certains pensent qu’une bouffée d'inflation pour effacer la dette ne serait pas une mauvaise idée). C'est la fin d'une ère dans laquelle les idéologies de l’Ouest sur la façon de créer de la prospérité ont triomphé. La crise en Europe et les défis encore à venir des deux côtés de l'Atlantique nous emmènent vers une toute nouvelle ère. Les règles et les risques de celle-ci ne font que commencer à se préciser.

 

 

 

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